Un thème de la campagne du côté francophone a été l'abaissement du droit de vote à l'âge de 16 ans. Le sujet divise les partis entre Ecolo, le MR et le FDF qui sont pour et le PS et le cdH qui sont contre. Cette mesure d'abaissement du droit de vote peut paraître alléchante pour certains mais pourrait se révéler comme une arme à double tranchant si le monde politique ne réussit pas à augmenter l'intérêt des jeunes, actuellement très bas, pour la chose politique. 


Les pour

Le FDF

"On voit aujourd'hui le fossé qui existe entre le politique et le citoyen" nous confie Didier Gosuin , tête de liste à la Région de Bruxelles. "Cela passe par une méconnaissance et par le fait que le politique lui-même n'est pas un bon pédagogue. Il faut donner une information qui ne soit pas seulement caricaturale ou politicienne mais une explication plus claire des enjeux. La mesure concrète, c'est que nous sommes pour des cours de philosophie et pour des cours d'éducation civique et citoyenne pour que l'on puisse expliquer les enjeux. Aujourd'hui, l'éducation politique du citoyen se fait sur le tas ou ne se fait pas et, plus généralement, elle ne se fait pas d'ailleurs... Il y a un déficit qui doit être comblé et c'est la responsabilité de tous les partis, y compris le mien. Moi, je constate qu'on a abaissé le droit de vote à 18 ans et pourtant le niveau d'intérêt des jeunes pour la politique est très, très, très, très faible. Donc, on voit bien que ce n'est pas en abaissant l'âge que l'on crée de l'adhésion et de la compréhension. Ce sont des mouvements qui doivent aller de pair."

Le MR

Louis Michel, tête de liste à l'Europe partage l'avis de son ancien collège de cartel quant à l'éducation nécessaire avant de pouvoir abaisser ce droit de vote. "Je pense que la mesure pour intéresser les jeunes, c'est peut-être de changer le mode de réflexion interne de tous les partis" nous explique-t-il. "Il faut faire un peu plus de réflexion externe. Je serai assez favorable à ce que les écoles organisent un cours sur les institutions. Systématiquement, je fais le test, quand je commence une conférence dans une école, de demander aux jeunes s'ils sont pour plus ou moins d'Europe. En général, c'est assez mitigé. Après mon exposé, 95% des gens sont pour l'Europe. Il faut avant tout répondre aux questions concrètes des gens. Je pense qu'il faudrait aussi un cours d'histoire de l'Europe et de nos institutions. Les jeunes ne connaissent pas l'Europe mais ils ne connaissent pas mieux l'État fédéral et les Régions. Parfois, ils connaissent un petit peu les communes. Ce que j'aimerais bien, c'est qu'on essaie de tirer au sort 200 jeunes pour traiter d'un sujet et les laisser s'exprimer sur celui-ci plus que nous. Ils seraient alors accompagnés de gens capables de recadrer le débat quand il le faut, je pense que cela peut être une nouvelle forme de démocratie."

Ecolo

Olivier Deleuze, président d'Ecolo, est également favorable à un abaissement du droit de vote à 16 ans mais il pense quant à lui que cette mesure pourrait à elle seule intéresser les jeunes au monde politique. "Je crois que si on abaisse le droit de vote à 16 ans, les jeunes seront plus intéressés à la politique puisqu'ils auront quelque chose à dire" déclare-t-il. "C'est normal que l'on s'intéresse moins à quelque chose sur lequel on a aucune influence. Je pense par conséquent que le premier moyen d'intéresser les jeunes dans la vie de la cité, c'est de leur donner le droit de vote. Ayons confiance en les jeunes, la majorité sexuelle est à 16 ans et par conséquent, je trouve que le droit de vote devrait aussi être à 16 ans."

Les contre

Le cdH

Benoit Cerexhe, 2ème sur les liste régionales à Bruxelles, se prononce contre cette mesure d'abaissement du droit de vote qu'il trouve inappropriée. "Nous sommes opposés car ce n'est pas une demande des jeunes eux-mêmes" explique-t-il. "Le conseil de la jeunesse s'est prononcé à ce niveau il y a quelques jours. Donc, les jeunes eux-mêmes ne sont pas demandeurs. Et puis, nous considérons au cdH que 16 ans, c'est un peu jeune pour se prononcer sur des choix politiques. Dans notre pays, 18 ans est l'âge de l'entrée dans la vie adulte, c'est la majorité civile et pénale et donc aussi, pour nous, le droit de vote. Si on abaisse l'âge du vote à 16 ans alors pourquoi pas 15 ans ou 14 ans? Il faut fixer la limite et celle-ci pour une certaine maturité à ce niveau-là a été fixée à 18 ans. Nous voulons donc travailler sur cette formation et responsabilisation des jeunes mais le faire avant l'âge de 16 ans, cela nous paraît un peu tôt. Il faut faire ce travail dans les dernières années des secondaires et ne pas le faire plus tôt car je pense que les jeunes ne se préoccupent pas de politique avant 16 ans."

Le PS

Contrairement à son collègue du cdH, André Flahaut, tête de liste au Brabant Wallon pour le fédéral, pense qu'il faut intéresser les jeunes bien avant la fin des secondaires à la chose politique. "Il faut instaurer un cours d'apprentissage à la citoyenneté dès le plus jeune âge" selon lui. "Car en plus de l'éducation qui doit se faire dans les familles, il y a aussi des notions et des valeurs à mettre en œuvre tout au long du cursus scolaire. Cela doit se faire avant de déboucher vers un éventuel cours de philosophie en fin de cursus, ce que je trouve une bonne idée aussi. Sinon, ce serait comme imposer à quelqu'un de courir le marathon sans avoir appris à marcher. Il faut que les jeunes soient demandeurs de cette implication plus grande dans la société via le droit de vote. C'est aussi un sujet qui est sorti du chapeau des uns et des autres sans grande réflexion à l'approche des élections parce que ça fait sexy. Ils croient qu'en disant cela, ils vont automatiquement s'attirer un électorat potentiel plus jeune. À la limite, ceux qui disent cela n'ont pas une démarche honnête envers la jeunesse et celle-ci l'a bien compris et refuse qu'on les considère comme des attrapes-voix. C'est un effet d'annonce avec un objectif purement électoral que l'on oubliera sans doute après les élections. Finalement, croire que les jeunes vont plus s'impliquer grâce au droit de vote, c'est prendre le problème à l'envers. C'est un peu dire: 'j'agis puis je réfléchis après'. Cela risque de dégouter les jeunes de la politique au lieu de les impliquer plus."