Le fédéralisme belge a beau évoluer vers plus d’autonomie régionale, des milliards d’euros peuvent bien passer des mains de Di Rupo Ier aux caisses fédérées, c’est encore la politique fédérale qui donne de la notoriété. Il suffit de regarder 5 secondes les résultats de notre baromètre en termes de popularité : en Wallonie, à part les présidents de parti, le top est occupé par le Premier ministre et ses vice-Premiers Didier Reynders (MR), Joëlle Milquet (CDH), Laurette Onkelinx (PS)… A Bruxelles ? Quasiment la même cruelle hiérarchie.

Dans les deux Régions, il n’y a guère que Rudy Demotte (PS), le ministre-Président wallon et francophone, pour tenir la comparaison avec ses collègues du fédéral (mais il a été lui-même au fédéral pendant plusieurs années). Il se classe 5e au sud du pays alors que les autres poids lourds du gouvernement wallon et de la Communauté française sont loin, très loin, mais alors vraiment très très loin…

On croirait à une farce : le puissant ministre wallon de l’Economie, Jean-Claude Marcourt (PS) est en chute libre et se retrouve à la 34e place. Juste devant André Antoine (CDH), un autre homme fort de l’exécutif régional également lessivé par les résultats du sondage La Libre/RTBF/Dedicated. Jean-Marc Nollet, le super-ministre Ecolo de l’Olivier wallon, fait un peu mieux mais sort du top 20 (24e).

Avec le cas de Maggie De Block (Open VLD), l’exemple le plus éclatant de ce décalage dans les popularités respectives est bien entendu celui de Jean-Pascal Labille, le ministre (PS) des Entreprises publiques. Ce Liégeois, qui était il y a encore quelques mois le discret patron des Mutualités socialistes, s’est fait un nom dans l’arène médiatico-politique à une vitesse étonnante. Sa gestion du dossier des salaires des grands patrons des entreprises publiques et son inflexibilité face au CEO désormais remercié de Belgacom, Didier Bellens, expliquent sans doute sa percée.


Les grands enjeux : au fédéral

Comment analyser l’image relativement médiocre des ministres des entités fédérés ? On ne leur fera pas l’injure de sous-entendre que les seconds couteaux végètent dans les Régions et à la Communauté tandis que les premiers de classe des partis se partagent les maroquins prestigieux du fédéral. Mais, tout de même, la politique fédérale porte encore en elle les grands débats de société : comment doit évoluer la sécurité sociale, quel ton doit adopter la Belgique sur la scène internationale, quelles sont les options en matière d’immigration, de sécurité intérieure, de justice, etc. ? Naturellement, les ministres fédéraux qui ont à trancher ces questions fondamentales bénéficient à titre personnel de leur prestige et de leur importante présence médiatique.

Autre explication possible : les électeurs francophones sont des nostalgiques de l’État belge unitaire. Plus ou moins inconsciemment, ils accordent leur préférence aux leaders (et aux ex-leaders) politiques "nationaux".

Enfin, en Flandre, le schéma est un peu différent. On l’aurait parié : la notoriété conférée par le fédéral est moins évidente. En effet, derrière Bart De Wever, la 2e personnalité la plus populaire est Kris Peeters, le ministre-Président flamand. On retrouve également d’autres personnalités "régionales" flamandes dans le haut du classement.