Dans le cercle des négociateurs, plus personne n’ose franchement s’avancer. Certains aimeraient bien dire que la semaine qui commence sera décisive. Mais ils restent prudents. Ils ont appris à l’être. Combien de fois, durant cette interminable négociation, n’a-t-on pas annoncé que les moments à venir seraient cruciaux, que cette fois, " cela passe ou ça casse ", et qu’au final, rien vu de très spectaculaire ne se produit.

On ne devrait cependant pas se tromper en affirmant que la semaine à venir sera importante. C’est que le formateur Elio Di Rupo se lance pour la seconde fois à l’eau. Il a invité les huit chefs de délégation pour une nouvelle réunion plénière. D’abord programmée lundi, à midi, la rencontre aura finalement lieu mardi matin à la demande d’un négociateur. Mais elle aura bien lieu.

Le formateur ne s’y rendra pas les mains vides. Le président du PS annonce le dépôt d’une série de modifications à sa note initiale. Des modifications qui résultent des multiples réunions organisées depuis le 16 août avec les huit partis concernés et des nombreux contacts bilatéraux qu’il a encore entretenus ce week-end.

Elio Di Rupo doit cette fois aborder le cœur même de la négociation. Trois chapitres seront abordés : l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde, le transfert de compétences et la loi de financement des entités fédérées. Un quatrième volet y sera rajouté : le renouveau politique. Mais ce chapitre-là posera nettement moins de problèmes que les trois autres. " On peut même se dire , avance un négociateur, que si on boucle le dossier BHV et la loi de financement, alors le reste viendra tout seul ."

Les chefs de délégation se retrouveront mardi à 9 heures du matin. Ils ne savent pas encore très bien à quelle heure ils se sépareront. Car l’objectif du formateur est d’aller aussi loin que possible dans la discussion. Mais il jugera lui-même, au fil de la négociation, si les esprits sont assez mûrs pour boucler ces dossiers délicats en une seule séance -auquel cas il pourrait mener les discussions "au finish". Certains lui suggéraient d’organiser un conclave comme il y en a déjà eu tellement en Belgique : on met tout le monde dans un château, on ferme les portes, on coupe les portables et on négocie jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé. Elio Di Rupo n’y serait pas opposé à tout prix -même si ce n’est pas le genre d’exercices dont il raffole. Mais il ne s’y lancera pas s’il sent bien qu’il n’a aucune chance de conclure. Le formateur est à un moment délicat. S’il ne parvient pas à un accord sur BHV et sur la loi de financement, il pourra rendre son tablier au Roi, et plongera la Belgique dans un chaos indescriptible. Le Montois ne l’ignore pas. Il ne va pas précipiter le cours des choses.

L’une des difficultés, c’est que les libéraux -MR comme Open VLD- ont pris la négociation en cours de route. Ils n’en maîtrisent dès lors pas tout l’historique. Ils arrivent parfois avec des propositions qui avaient été formulées avant leur arrivée, mais qui avaient été ensuite évacuées. Certains débats doivent donc être recommencés depuis le début. Ce qui retarde l’avancement des travaux et provoque au passage quelques grincements de dents. Des libéraux qui pour leur part s’étonnent du fossé existant encore entre le PS et le CD&V malgré les mois de discussion rapprochée entre eux.

Il y a cependant quelques signes plus encourageants. Notamment le fait que le Gordel n’a donné lieu, cette année, à aucune surenchère communautaire. Un signe : les mandataires CD&V, souvent en nombre dans le cortège, ont choisi cette année de déserter la manifestation politico-sportive. Même l’échevin de Zaventem Eric Van Rompuy, un habitué du Gordel où il aime parader avec un t-shirt jaune réclamant la scission de BHV, a brillé par son absence.

Cette attitude du CD&V a de quoi rassurer le formateur. Car il sait que la pression exercée par la N-VA sur les sociaux-chrétiens flamands est terrible. Et va aller en s’intensifiant. Dans des extraits d’une interview qui sera diffusée mercredi par la RTBF, le président de la N-VA, Bart De Wever, a dit espérer que le CD&V trouvera " le courage politique à un moment donné de dire non, on s’est trompés ". Tout en avouant qu’un échec de ces négociations serait profitable à son parti, un peu comme les partis écologistes sont favorisés sur le plan électoral par des catastrophes du type Fukushima.