Les déclarations du chef de groupe de la N-VA à la Chambre sur le pacte des Nations Unies sur les migrations vont "trop loin", a estimé mardi le leader de l'Open Vld au sein de l'assemblée, Patrick Dewael. Alors que M. De Roover a présenté le texte onusien comme une "ligne rouge" et souligné qu'un déplacement à Marrakech ne se ferait pas avec un gouvernement intégrant la N-VA, Patrick Dewael a qualifié ses propos de "manière très étrange pour trouver un consensus".

D'après Peter De Roover, une solution ne pourra être trouvée que si les autres partis de la coalition renoncent à approuver le texte contre la volonté de sa formation politique.

En substance, la N-VA dit que les trois autres partis de la coalition doivent être d'accord avec elle, sans quoi ces trois partis renversent le gouvernement, pointe M. Dewael. "On déclare en fait: 'c'est ce que je dis ou la crise. Et ensuite le gouvernement tombe, mais je n'en suis pas responsable", illustre-t-il, en déplorant des déclarations qui "vont trop loin".

"Des propos très tranchants"

Le chef de groupe CD&V à la Chambre Servais Verherstraeten a qualifié mardi de "très tranchants" les propos de Peter De Roover. Pour Servais Verherstraeten, la N-VA tente de faire porter la responsabilité de l'éventuelle chute du gouvernement aux autres partenaires de la majorité. "Cela m'inquiète. Dans une majorité, vous avez régulièrement des discussions mais pas un droit de veto. Vous devez chercher le consensus", a indiqué le chef de file des démocrates-chrétiens sur la VRT-Radio. "Mais si vous communiquez, vous amenuisez les opportunités de compromis", a-t-il précisé. Pour Servais Verherstraeten, les propos de M. De Roover vont à l'encontre de ce qui avait été décidé au sein de la majorité. "L'engagement avait été pris de discuter de cela ce mardi au sein du comité ministériel restreint. On aurait discuté de la trentaine de remarques de la N-VA". M. Verherstraeten croit néanmoins encore dans les chances d'un compromis. Son parti plaide en faveur de la solution d'une note interprétative au pacte, "un élément qui manque" aux résolutions de l'opposition à l'ordre du jour de la commission des Affaires étrangères de la Chambre ce mardi.

Le gouvernement fédéral reste divisé sur le pacte des Nations Unies sur les migrations. Le MR, l'Open Vld et le CD&V veulent approuver le texte comme le Premier ministre s'y est engagé en septembre dernier à la tribune de l'ONU, mais les nationalistes flamands s'y refusent.

Charles Michel a proposé lundi de s'inspirer des exemples néerlandais et danois pour sortir de l'impasse au sein du gouvernement. La Haye et Copenhague ont en effet décidé d'assortir l'adoption du Pacte de déclarations interprétatives, mais cette solution ne satisfait pour l'instant pas les nationalistes flamands.

Les travaux en kern reprendront mardi à partir de 15h00.


Pour le négociateur belge, le texte est non contraignant ; "Je sais lire le texte"

La Belgique a obtenu ce qu'elle voulait dans la négociation du Pacte des Nations-Unies sur la migration, a assuré mardi l'ambassadeur Jean-Luc Bodson, envoyé spécial "Migration et Asile" du gouvernement belge.

"Nous avons obtenu ce que nous voulions. Mi-juillet, j'étais un diplomate heureux. Toutes les instructions que j'ai reçues de Bruxelles sont dans le texte", a déclaré M. Bodson devant la commission des Relations extérieures de la Chambre. Mais, entre temps, des tensions sont apparues. Or, le diplomate s'est montré formel: le texte n'est pas contraignant. "Je sais lire le texte que j'ai négocié et il est écrit que le texte est juridiquement non contraignant (...) Je ne vois pas comment on peut prétendre aujourd'hui que c'est un texte contraignant", a-t-il ajouté.

A ses yeux, le Pacte se situe dans l'ordre de la "promesse" et il est en outre "cohérent" avec la politique menée par la Belgique.

Le 10 décembre, aura lieu la Conférence de Marrakech au cours de laquelle le Pacte doit être adopté. L'événement est plutôt de nature symbolique, à entendre le diplomate. Les pays qui s'y rendent affichent leur soutien au texte, la séance commencera par son adoption mais la signature n'aura pas lieu à ce moment. "C'est binaire: ou on y va ou on n'y va pas", a fait remarquer M. Bodson.

Plusieurs pays européens ont choisi la voie d'une déclaration interprétative. C'est également la voie privilégiée par le Premier ministre, Charles Michel. "Ca ne diminue pas la valeur de notre engagement", a ajouté le diplomate.