On a déjà pu lire de nombreuses analyses de l’accord de gouvernement fédéral. Certaines sous l’angle des relations Nord-Sud, d’autres par le biais du clivage gauche-droite. Les Femmes prévoyantes socialistes (FPS) proposent une autre grille de lecture. Le mouvement féministe a en effet évalué les mesures contenues dans l’accord du point de vue de leurs implications, séparément sur la situation des hommes et des femmes. A cette aune, le bulletin de Di Rupo Ier laisse à désirer. Car, disent les FPS, si l’exécutif annonce enfin la mise en œuvre effective de la loi de 2007 sur le "gender mainstreaming" (soit envisager toute mesure en fonction de l’impact respectif sur les hommes et les femmes), "les négociateurs ne se sont manifestement pas appliqué à eux-mêmes cette démarche".

Macho, l’exécutif Di Rupo ? "Non, je ne dirais pas, répond Joëlle Sambi, chargée de communication aux FPS. Mais il est certain que des mesures desservent les femmes et creusent les discriminations".

Quelles mesures ? D’abord, en matière d’emploi. Certes, les FPS se réjouissent de voir que, en cas d’augmentation de l’offre de travail, les employeurs devront désormais donner la priorité aux personnes qui travaillent à temps partiel (souvent des femmes) et souhaitent travailler à temps plein. "Mieux vaut tard que jamais." Mais l’accord n’envisage aucune autre mesure pour décourager l’usage abusif que certains patrons font du travail à temps partiel, par exemple dans la distribution ou le nettoyage.

Autre point noir : la définition de l’emploi convenable, c’est-à-dire que le chômeur ne peut refuser, est modifiée, notamment concernant l’éloignement du lieu de travail par rapport au domicile. La distance "convenable" passe de 25 à 60 km, alors que les femmes sont moins nombreuses que les hommes à disposer d’une voiture et assument nettement plus de tâches familiales.

Au rayon salaire, les Femmes prévoyantes saluent l’engagement du gouvernement à lutter contre les discriminations. Mais au-delà de ces belles intentions, elles auraient apprécié que la révision des classifications des fonctions soit citée comme un levier important de changement vers plus d’égalité. Et de rappeler qu’à niveau équivalent de diplôme, on rémunère mieux un métier principalement exercé par des hommes (comme ouvrier polyvalent) qu’un métier dit féminin (comme puéricultrice).

Sur le crédit-temps, sujet sensible s’il en est quand on sait que les femmes représentent 76 % des crédits-temps et 72 % des congés thématiques (parental ) et que cela entraîne une réduction de leurs revenus et leur donne davantage (encore) de moyens d’assumer les tâches familiales, la critique des FPS est double. D’une part, elles regrettent qu’aucun incitant ne soit prévu pour pousser à un partage plus équitable du temps de travail et des responsabilités domestiques entre hommes et femmes. D’autre part, puisque les femmes y ont davantage recours aujourd’hui, la moindre prise en compte des années d’interruption de carrière dans le calcul de la pension ne fera qu’accroître le fossé, déjà énorme, entre la pension des femmes et des hommes. "C’est totalement inadmissible !", scandent les FPS.

Une autre grosse lacune, dans la copie de Di Rupo Ier, concerne l’individualisation des droits. Un vieux combat des associations féministes, qui réclament que les droits d’une personne ne soient pas liés au fait d’être une épouse, une cohabitante ou autre, mais bien qu’on en bénéficie en tant qu’individu. La seule mesure qui en relève, disent-elles, est la fin progressive des pensions de survie (ou pensions de veuves), dont les bénéficiaires sont à 98,8 % des femmes, le plus souvent des femmes ne s’étant pas constitué des droits propres. Même s’il est évident que la motivation du gouvernement est ici économique plus que féministe, les FPS se réjouissent de voir disparaître ce système très inégalitaire qui implique le maintien des rôles sociaux traditionnels des femmes et des hommes et qui coûte si cher (2,5 milliards par an). Mais Di Rupo Ier aurait pu faire davantage.

Dans le même registre, les FPS pointent la limitation dans le temps des allocations d’attente pour les chômeurs cohabitants et l’accélération de la diminution des allocations après un an de chômage. Elles regrettent qu’il ne soit pas mis fin à ce statut de cohabitant, qui concerne surtout des femmes, touchant des allocations diminuées, bien qu’ayant cotisé au taux plein.

Les FPS dénoncent encore des manques en matière d’immigration, de créances alimentaires, de lutte contre les violences faites aux femmes

Au final, Di Rupo Ier est-il pire que ses prédécesseurs ? "Cela dépend des domaines évalués", juge Joëlle Sambi, qui voit tout de même dans la composition même du gouvernement (moins d’un tiers de femmes, une tradition en Belgique), "un exemple" de ses lacunes en matière de parité, alors qu’il s’est engagé à "assurer une meilleure représentativité des femmes dans les différents corps de l’Etat".