Finalement entamé mardi matin, le conclave budgétaire wallon a accouché, 2 jours plus tard, d'une trajectoire prévoyant un budget régional en déficit de 435 millions d'euros en 2020. "Il s'agit d'un budget de transition respectant nos engagements, dont ceux d'un retour à l'équilibre en 2024 sans aucune nouvelle taxation et d'un redéploiement en phase avec les défis sociaux, climatiques et économiques que la Région doit affronter", a souligné jeudi le ministre-président wallon, Elio Di Rupo (PS). "Ce budget 2020, qui ouvre des perspectives, ne contient toutefois qu'une ébauche de nos priorités. Un nouveau conclave, plus approfondi, est prévu en mars afin d'optimiser les moyens financiers dont nous disposons, sans la pression du temps", a-t-il ajouté. Ce second exercice budgétaire permettra notamment d'analyser dans le détail les dépenses des nombreux organismes publics (UAP, ...) et des 26 fonds actifs en Wallonie.

"Le déficit que nous présentons est important mais c'est un déficit budgétaire", a de son côté commenté le ministre wallon du Budget, Jean-Luc Crucke (MR). "La stagnation de l'économie, la pauvreté, les changements climatiques, ... Voilà les vrais déficits auxquels nous devons nous attaquer. Et c'est aujourd'hui qu'il faut investir", a-t-il poursuivi.

Fort de cette conviction, le gouvernement wallon entend demander à l'Union européenne d'activer la clause de flexibilité lui permettant de "déparamétrer" une série d'investissements en matière de climat (mobilité douce, énergies renouvelables, isolation, ...) et de nouvelles technologies pour un montant de quelque 350 millions d'euros.

En d'autres mots, la Région compte bien convaincre les instances européennes de la nécessité d'investir en dehors du périmètre budgétaire défini. "C'est tout un travail que nous devons accomplir et qui prendra des mois. Mais des discussions que nous avons, il semble que l'Europe pourrait évoluer en ce sens", a estimé à ce sujet M. Di Rupo.

Outre ces investissements potentiellement hors trajectoire, le gouvernement régional promet par ailleurs de mettre la main à la poche dans une série de domaines, dont la recherche et l'innovation pour lesquelles 300 millions d'euros sont annoncés.

En matière d'énergie et de mobilité, 111 millions seront consacrés au Fonds Kyoto afin, entre autres, d'encourager la transition énergétique des entreprises et le déploiement des bornes électriques. La mise en oeuvre progressive de la gratuité des bus, elle, s'accompagnera d'une enveloppe de 5,4 millions d'euros tandis que 4,5 millions iront au verdissement de la flotte et 3,7 millions à l'augmentation de l'offre tant en zone urbaine que rurale.

Le Fonds de protection de l'Environnement sera pour sa part doté de 70 millions d'euros, soit un doublement de sa capacité d'action, 7,3 millions d'euros étant prévus pour la biodiversité.

Dix millions d'euros ont par ailleurs été dégagés pour le secteur non-marchand et 6 millions pour la réforme du Forem. Epinglés également, les 350.000 euros attribués au projet "housing first" pour lutter contre le sans-abrisme et les 400.000 euros accordés aux associations soutenant les femmes victimes de violences.

Enfin, la rénovation des logements publics mobilisera quelque 100 millions d'euros en 2020, 31,4 millions étant mis à disposition pour la création de logements neufs.

Au total, les dépenses régionales devraient atteindre, l'an prochain, 14,537 milliards d'euros, pour 12,836 milliards de recettes, conduisant à un solde de financement SEC de -435 millions d'euros. Selon la trajectoire définie lors du conclave qui vient de s'achever, le déficit serait ensuite ramené à 346 millions en 2021; à 207 millions en 2022; à 274 millions en 2023 avant un retour à l'équilibre en 2024.

"Le budget n'est pas une finalité en soi. Ce que nous faisons aujourd'hui, c'est une première étape. Nous ferons le maximum, dans l'adversité, pour améliorer la qualité de vie des citoyens et soutenir le redéploiement d'une Wallonie durable, en ne laissant personne au bord du chemin", a conclu M. Di Rupo.