Le Mouvement réformateur a officiellement présenté jeudi sa liste européenne emmenée par les députés sortants Louis Michel et Frédérique Ries. Face au désenchantement d'une Europe vue comme "tatillonne", le premier a prôné la nécessité de rapprocher la législation européenne du citoyen, en faisant "vivre" le principe de subsidiarité. La seconde a appelé à un vote qui ferait émerger l'Europe "libérale" avec Guy Verhofstadt à la tête de la Commission. "On critique l'Europe libérale mais le problème est justement qu'elle ne l'est pas. Qui se trouvait mercredi autour de Barack Obama? Des chrétiens-démocrates et des conservateurs comme Van Rompuy, Barroso, des sociaux-démocrates comme Schulz et Lady Ashton mais pas de libéraux", a relevé Frédérique Ries. "Il faut oser l'Europe libérale, celle qu'on n'a pas encore testée, avec Guy Verhofstadt, celui qui fait la musique et le tempo au Parlement européenne", a-t-elle scandé.

L'emploi fait figure de grande priorité du MR pour ces élections. "Mais à la différence des autres partis, nous disons comment nous pourrons recréer une véritable croissance productrice de richesses", a commenté Louis Michel qui, en vue du 25 mai, mise sur les euro-obligations (mutualisation des dettes publiques) et la taxe sur les transactions financières "non économiques" pour dégager des marges pour les Etats. "Ceux-ci seront alors contraints d'investir dans les secteurs porteurs comme l'énergie, l'automobile, la communication, ce qui rassurera l'Allemagne, qui craint qu'en l'absence de garanties, les mannes dégagées n'aillent pas aux secteurs productifs", a-t-il dit.

Au-delà, le MR souhaite une réglementation plus serrée du détachement des travailleurs, avec notamment, la création d'une "agence européenne de contrôle des travailleurs détachés". Il défend également le salaire minimum, "contrairement à ce qu'on dit de nous ailleurs", a précisé la tête de liste.

Les réformateurs continueront à se battre pour une "Europe des libertés" dont ils revendiquent la paternité. Brocardant les "accommodements raisonnables", ils prônent la "laïcité de l'Etat", le "seul système qui garantit l'expression des libertés religieuses". Louis Michel a également appelé à une politique européenne migratoire "humaine avec les mêmes exigences vis-à-vis de ceux qui viennent chez nous depuis toujours".

Enfin, s'invitant au coeur de la campagne, l'Ukraine - dont les citoyens ont démontré qu'ils étaient "historiquement européens" - rappelle la nécessité pour l'Union de se doter d'une capacité de défense, un "pilier renforcé dans l'Otan", seul élément qui manque pour que le continent redevienne une "puissance mondiale" capable aussi de parler d'égal à égal avec les partenaires américains, a soutenu l'ex-ministre des Affaires étrangères.

Comme annoncé, l'actuel sénateur Gérard Deprez, ancien député européen, sera troisième sur la liste alors que l'ex-président de la Fédération wallonne de l'Agriculture (FWA), René Ladouce, sera premier suppléant. Pressenti, l'homme d'affaires Jean-Pierre Lutgen, qui soutient le MR, a finalement préféré ne pas y figurer. C'est un autre Luxembourgeois qui remplacera le frère du président du cdH à la troisième suppléance: Bertrand Lespagnard, entrepreneur agricole.

Au-delà des places éligibles, la liste est un mélange d'anciens et de jeunes, d'entrepreneurs, fonctionnaires, politiques locaux d'origines différentes. On y retrouve également l'ex-ministre de l'Enseignement Pierre Hazette, à la sixième suppléance.

"Les enjeux européens sont fort présents dans les réalités économiques et sociales en Belgique. Il y a une nécessité d'avoir des politiques cohérentes", a indiqué le président du parti Charles Michel, à deux mois du triple scrutin.

Le MR avait envoyé deux élus à Strasbourg en 2009.