Une rescapée des camps de rééducation chinois a livré un témoignage glaçant sur les mauvais traitements qu'elle a pu observer, qu'on lui a rapportés ou qu'elle a elle-même subis. "Quand les nazis ont commis l'Holocauste, le monde entier n'a pas voulu le voir. Il n'en est pas revenu quand les camps ont été libérés. Le peuple juif d'hier est le peuple ouïghour d'aujourd'hui", a lancé Qelbinur Sidiq aux députés de la commission des Relations extérieures de la Chambre.

Cette femme a enseigné le mandarin entre 2017 et 2019 dans deux camps de rééducation -l'un pour les hommes, l'autre pour les femmes- avant d'être elle-même victime d'une stérilisation forcée. Mauvais traitements, viols, travail forcé, humiliations, stérilisations, disparitions, irruption de fonctionnaires chinois dans les familles ouïghoures pour les conformer au moule chinois, etc. Tel est le sort des Ouïghours qui sont victimes de la répression dans cette province, à entendre la rescapée, réfugiée aujourd'hui aux Pays Bas mais qui subit les intimidations des autorités chinoises. "Je dénonce aujourd'hui les crimes de la Chine au prix de la vie de ma famille", a-t-elle averti, émue aux larmes.

D'origine ouzbèke, Mme Sidiq a pu bénéficier d'un passeport pour quitter la Chine, au contraire de son mari, Ouïghour.

Aux yeux du coordinateur du "World Uyghur Congress" pour l'Europe, Koen Stoop, si l'on prend les critères qui permettent d'établir un génocide, ceux-ci sont réunis. Le Néerlandais a appelé la Chambre belge à suivre les parlements canadien, néerlandais et britannique en qualifiant le sort subi par les Ouïghours de génocide.

La sinologue Vanessa Frangville (ULB), qui depuis de nombreuses années suit la situation dans le Xinjiang, a mis en garde les parlementaires contre la disparition en cours de cette communauté qui se résumera d'ici une génération ou deux à une "coquille vidée de sa substance" par le régime communiste chinois. Les sources établissant ces mauvais traitements sont nombreuses, a-t-elle assuré, à commencer par ce qui provient des autorités chinoises. Pour elle, il ne s'agit ni plus ni moins que d'une "destruction planifiée". Près de 3 millions de personnes en quelques années seraient déjà passées dans les camps de rééducation organisés par Pékin.

La voix discordante est venue de Ng Sauw Tjho, un orateur invité à la demande du PTB et ex-candidat du parti marxiste aux élections en Flandre. L'homme est d'origine chinoise, a été correspondant de la VRT en Chine et a enseigné à la VUB. Il n'a pas livré de témoignage de première main mais a mis en cause la véracité des rapports qui concluent à un génocide.

Selon lui, ce qui se joue aujourd'hui est une étape de plus dans "une escalade d'accusations à l'égard de la Chine" et le sort que subiraient les Ouïghours le résultat d'une lutte contre le terrorisme islamiste comme en mènent d'autres Etats. L'homme appelle à une enquête internationale, que la Chine serait prête serait selon lui prête à accueillir. Une affirmation contestée par d'autres intervenants: la Haut-Commissaire aux droits de l'homme des Nations-Unies , Michelle Bachelet, attend depuis trois ans de s'y rendre, ont-ils fait remarquer. Plusieurs députés ont déploré cette intervention qui leur a paru être le déroulé de la "propagande chinoise" sur la question.

Des propositions de résolutions relatives au sort des Ouïghours ont été déposées. L'une d'elles, émanant d'Ecolo-Groen, demande la reconnaissance d'un génocide. "Ce que nous faisons ici, c'est répondre à une situation sans précédent depuis la deuxième Guerre mondiale", a souligné Samuel Cogolati.

Jusqu'à présent, seuls les Verts se sont avancés dans cette voie. Des auditions se poursuivront mercredi sur la question. Tout en exprimant sa sympathie à l'égard des témoignages entendus, le MR, parti de la ministre des Affaires étrangères Sophie Wilmès, s'est montré prudent vu les implications d'une telle reconnaissance. "J'appelle à ce que l'on puisse avoir un débat serein. Nos travaux doivent être bétonnés juridiquement. Il faut que l'on y voie clair car les mots ont leur importance, on ne peut galvauder le mot de génocide", a expliqué Michel De Maegd.