Lundi, il y a eu une réunion au sommet au boulevard de l’Empereur. Tout le gratin électoral socialiste était présent pour parler de la stratégie à appliquer jusqu’au 25 mai prochain : les têtes de liste, les secrétaires et les présidents des diverses fédérations du PS, les chefs de groupe dans les différents parlements et aussi plusieurs candidats qui pèsent lourd au sein du parti.

Quel est le mot d’ordre ? Le MR a été désigné comme l’ennemi politique à combattre sur les plateaux de télé, lors des débats, dans les journaux, sur les réseaux sociaux, etc. Méthode : jouer la carte du clivage gauche-droite et marquer fortement la différence entre la vision socialiste et la vision libérale.

Attention, cette stratégie doit être modulée en fonction des niveaux de pouvoir et des actuels partenaires de coalition du PS. En effet, naturellement, le PS ne pourra pas taper aussi lourd sur le MR pour les enjeux relevant du pouvoir fédéral puisque le PS partage avec les réformateurs un bilan gouvernemental commun. Donc, dans ces matières, les socialistes ont reçu comme instruction de surtout expliquer pourquoi telle ou telle mesure peu en phase avec les idéaux socialistes a pourtant été prise. Le PS doit en effet rester cohérent vis-à-vis de sa propre participation au pouvoir fédéral avec les libéraux et les sociaux-chrétiens.

Par contre, pour les régionales, le ton sera sans doute plus cassant avec un MR qui se trouve dans l’opposition depuis 2004. Dans les entités fédérées, le PS va défendre le bilan plus à gauche des gouvernements Olivier, ce qui va permettre de mieux marquer la distance vis-à-vis du MR.

Au niveau européen, c’est encore autre chose : les députés socialistes ont eu les coudées franches ces dernières années pour prendre des positions beaucoup plus marquées à gauche que ce que le PS a pu faire dans sa participation à tous les échelons du pouvoir en Belgique. Le débat européen est même idéal pour le PS afin de cibler les "dégâts" du libéralisme économique et de la droite en général. Lors des débats électoraux, il risque donc d’y avoir quelques belles passes d’armes PS-MR sur les sujets européens. Facile : il n’y aura pas de coalition gouvernementale à devoir former à la fin, la guerre peut donc être totale...

Marketing politique

Evidemment, se choisir le MR comme adversaire n’est pas qu’un enjeu idéologique pour les socialistes. Il s’agit aussi de marketing politique, de stratégie médiatique. En effet, rien ne renforce plus le PS aux élections que d’attaquer les libéraux. L’inverse est vrai. Tout le monde s’y retrouve.

Toutefois, ces "meilleurs ennemis du monde" risquent fort de devoir gouverner ensemble après le 25 mai. Les attaques réciproques seront donc dures pendant la campagne, oui, mais il faudra également veiller à ne rien commettre d’irréparable, éviter les exclusions réciproques. Composer les prochains gouvernements fédérés et le prochain gouvernement fédéral sera complexe et personne ne peut se permettre à ce stade de se fermer des portes.

Toutefois, même s’il n’y aura pas un jeu de massacre contre le MR, on a déjà assisté à quelques jolies anicroches. Comme avec, par exemple, ce slogan diffusé lundi par le PS sur le Web dénonçant une alliance objective entre le MR et... le PTB contre les socialistes.

PTB relativement épargné

Le MR comme ennemi du PS, très bien, mais et le PTB justement ? La gauche de la gauche cartonne pour le moment dans les sondages. Et il est clair que des votes risquent de glisser du PS vers le PTB lors des prochains scrutins. La mobilité des électeurs entre le MR et le PS est nettement moins forte… Donc, le PTB n’est-il pas le véritable ennemi électoral du PS ? Lors de la réunion de stratégie de ce lundi, le PS a choisi de ne pas jouer la confrontation directe. Ses candidats devront plutôt jouer une campagne "de terrain" pour convaincre les électeurs face à la formation marxiste. Jouer la pédagogie aussi, en tentant de montrer que les propositions du PTB sont utopistes, tandis que le PS est un parti de gouvernement plutôt que d’opposition.