Lorsque Charles Michel et Benoît Lutgen ont pris possession de la présidence de leur parti respectif, les relations entre les deux hommes étaient froides. Glaciales même. Pour des raisons que même les intéressés semblent incapables d’expliquer, il s’était installé un climat de méfiance réciproque, qui tenait plus à la rivalité politique qu’à des éléments concrets, humains. On se souvient des coups de sang d’un Benoît Lutgen pendant les négociations prégouvernementales. Le président du CDH avait quitté les discussions avec fracas, frappant du poing sur le capot de voiture, dénonçant les petits jeux des libéraux. Le soir, sur le plateau de RTL, les deux hommes s’étaient heurtés violemment, comme deux jeunes coqs.

Puis les élections communales sont arrivées. Dans un même souci d’évincer les socialistes, à Molenbeek, à Verviers, et de les maintenir dans l’opposition à Namur, le tandem Michel/Lutgen a fonctionné à merveille. Les deux hommes se sont fait confiance et yes , ils ont scellé des accords rejetant les camarades dans l’opposition. Une victoire, un trophée, un soulagement. Une dynamique positive s’est installée et à plusieurs reprises, ils ont "réglé des dossiers". Et dans ces deux partis, l’on croise régulièrement des gens, hommes et femmes, qui caressent l’idée de faire "le même coup" en 2014, à savoir de constituer des accords à la "jamaïcaine", c’est-à-dire MR-CDH-Ecolo.

Aujourd’hui, les deux présidents ont réussi à s’affirmer au sein de leur parti, ont acquis une vraie légitimité, même si leur communication n’est pas au top : trop fébrile pour Charles Michel, trop fluette chez Benoît Lutgen. Mais le pouvoir, ils l’ont. Ils auraient donc la possibilité d’imposer telle ou telle majorité, sans le PS, par exemple, si les urnes le permettaient. Mais en auront-ils vraiment envie ? Ce qui fut possible dans certaines communes s’avérera peut-être infaisable en Wallonie, à Bruxelles et au fédéral. Certains l’affirment : "Avant, l’axe Di Rupo-Milquet imposait les socialistes et le CDH à tous les niveaux de pouvoir. Aujourd’hui, la donne a changé." C’est vrai. Mais il y a aussi l’axe Lutgen-Poutrain (la directrice du centre d’études du PS). Donc lâcher le PS, dans les discours oui, dans la réalité... Quant à Charles Michel, désireux de remettre son parti au centre de l’échiquier politique, il ne commettra pas l’imprudence de se priver d’un lien avec les socialistes même si le PS demeure sa cible préférée.

Evidemment, personne ne peut exclure, non plus une majorité laïque PS-MR, même si le passé a montré qu’elles étaient très conflictuelles.