Le Parti des Travailleurs de Belgique, associé avec d'autres formations de la gauche radicale sous la bannière PTB-GO! pour le scrutin du 25 mai prochain, a décidé d'axer sa campagne électorale sur les thèmes principaux de la lutte contre la pauvreté, de l'emploi, du climat et de la fiscalité.

Portée par de récents sondages qui la placent au-delà du seuil d'éligibilité dans plusieurs arrondissements du pays, la formation a clairement affiché mercredi, à l'occasion d'une conférence de presse dans un café bruxellois, sa volonté de "créer la surprise" au soir des élections et de décrocher plusieurs députés -- les tout premiers de son histoire.

"On est très réalistes par rapport aux sondages, mais on sent vraiment sur le terrain une vague de fond du peuple de gauche qui ne se reconnaît plus dans une gauche traditionnelle qui vote pour le traité budgétaire européen ou qui réduit les allocations de chômage...", tacle Raoul Hedebouw, porte-parole du parti et tête de liste à Liège pour le scrutin fédéral.

Se présentant comme la "gauche décomplexée", le PTB-GO! s'est choisi "Notre avenir est social" pour slogan de campagne, lequel barre une grande photo d'enfants sur fond de ciel bleu, un cliché qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler une précédente affiche électorale des écologistes francophones.

Sur base d'un sondage auprès de 41.000 Belges ces derniers mois, de rencontres de terrain mais aussi de contacts avec plusieurs acteurs de la société civile (syndicats, etc.), le parti d'extraction marxiste a accouché pour ce scrutin d'un programme fort de 130 propositions, concentrées sur 17 thèmes, dont cinq seront davantage mis en avant pour les élections.

"Nous sommes à la croisée des chemins au niveau politique et social", analyse David Pestieau, responsable du service d'études du PTB. "Si nous poursuivons la même route, c'est-à-dire celle proposée par les marchés et qui a pour conséquence de laisser beaucoup de gens sur le bord de la route, nous allons droit dans le mur, avec encore plus d'exclusion et de pauvreté."

"Ce que nous proposons, c'est de prendre la 'première à gauche' et de faire le choix des gens, pas celui des profits. De tourner le dos à une société où tout est régi par la concurrence, où tout peut se vendre et s'acheter."

A rebours des "recettes de la vieille école comme l'abaissement des charges", le parti affirme au contraire vouloir "protéger les citoyens et les travailleurs".
Face à la pauvreté grandissante en Belgique, le PTB-GO! propose notamment de relever toutes les allocations sociales au-dessus du seuil de pauvreté, soit 1.000 euros environ pour un isolé. Une mesure qui, selon lui, coûterait 1,5 milliard d'euros, financés par "la suppression des cadeaux fiscaux aux grandes entreprises".
Pour stimuler l'emploi, la formation préconise une relance des engagements publics dans les secteurs de la santé, des transports notamment, et défend l'idée d'"emplois-relais entre les générations". Il s'agirait concrètement de rétablir le droit à la prépension pour les travailleurs de 58 ans, qui céderaient ainsi leur job à un jeune sans emploi.

Face au défi énergétique et aux enjeux climatiques, le PTB-GO! préconise un programme public pour l'isolation des maisons, l'obligation d'utiliser le rail ou les voies d'eau pour transporter des marchandises sur longue distance, un soutien aux transports en commun, et la création de grandes entreprises publiques d'énergie orientées vers les renouvelables.

"Le sujet de l'énergie est trop important pour la société et le climat pour le laisser dans les mains d'entreprises privées", fait valoir Tom De Meester, tête de liste pour le Parlement fédéral en Flandre orientale.

Enfin, le PTB-GO! entend se servir de la fiscalité pour parvenir un meilleur partage des richesses, notamment via l'instauration d'une taxe de 1% sur les fortunes de plus d'un million d'euros, et la suppression des intérêts notionnels qui "permettent aux deux holdings d'Albert Frère de payer moins d'impôts que sa femme de ménage!", selon Raoul Hedebouw.

Parmi ces 170 propositions électorales, on relèvera notamment l'abrogation du Traité de Lisbonne et la suppression des différents pactes de gouvernance économique de l'UE, la levée de l'interdiction du port du voile au travail, cause d'exclusion du marché du travail pour de nombreuses femmes, selon le PTB.
Celui-ci défend aussi l'octroi automatique de la nationalité à toute personne étrangère qui séjourne légalement depuis trois ans en Belgique, sans test d'intégration, de même que la refédéralisation de l'enseignement en Belgique, l'enseignement bilingue à Bruxelles ou encore le "retrait immédiat" des troupes et F-16 belges d'Afghanistan.

Selon certaines analyses, le PTB-GO! pourrait en mai prochain prendre de nombreuses voix au PS, lequel a récemment mis en garde contre un risque de "division de la gauche" face aux formations de droite.

Une menace que rejette le PTB. "Le PS se suffit à lui-même pour diviser la gauche!", réplique Raoul Hedebouw. "Voter l'austérité ou faire la chasse aux chômeurs, ce n'est certainement pas de gauche. Notre ambition à nous n'est pas de diviser la gauche, mais au contraire d'élargir les voix de gauche. Lors des dernières élections, on n'a d'ailleurs pas pris de voix au PS. Sauf peut-être à Seraing. Mais ça, c'est à Alain Mathot (député-bourgmestre de l'entité, ndlr) de se demander pourquoi...".