Le tout nouveau Premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, n’a pas traîné. Jeudi après-midi, il réunissait ses ministres et leur soumettait une première mesure à haute valeur de symbole : le rabotage de 30 % de leur salaire. Une façon de tourner le dos à l’ère Sarkozy qui avait débuté par la polémique entourant l’augmentation importante de salaire que s’était octroyée le Président de la République lui-même.

Trente pour cent de réduction, ce n’est pas rien. Le nouveau président de la République, François Hollande, touchera un salaire mensuel brut de 14 910 euros. Le Premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, touchera le même montant. Leurs prédécesseurs, respectivement Nicolas Sarkozy et François Fillon, touchaient un salaire mensuel brut de 21 300 euros. De leur côté, les ministres français toucheront un salaire mensuel brut de 9 940 euros. Les ministres du gouvernement Fillon gagnaient 14200 euros bruts par mois.

Le gouvernement français n’est pas le seul à avoir décidé de réduire le train de vie de ses membres. Des décisions de ce genre ont été prises un peu partout en Europe. Dès 2009, les ministres irlandais réduisent leur salaire de 15 %. Leurs homologues espagnols les imitent un an plus tard. Plus radical encore, Mario Monti qui, une fois désigné Président du Conseil italien, a décidé de renoncer à tout salaire. L’argument avancé est chaque fois le même : les hommes politiques doivent montrer l’exemple à des citoyens souvent durement frappés par les mesures d’austérité. On pointera une exception notable : l’Allemagne. La chancelière Angela Merkel et son équipe ont décidé d’indexer leur salaire, arguant que c’est la première hausse depuis douze ans.

Et en Belgique ? Le gouvernement Di Rupo a aussi décidé d’élaguer les émoluments de ses membres. La baisse concédée est cependant plus modeste qu’ailleurs : elle est limitée à 5 %. Et la diminution a été en grande partie neutralisée par l’indexation du salaire des ministres - indexation qui est automatique en Belgique. Selon les propos du ministre du Budget, Olivier Chastel (MR), le salaire du Premier ministre et de ses vice-Premiers sera en fait inférieur d’à peine 0,9 % par rapport au traitement en vigueur sous l’ère Leterme.

Les ministres belges n’ont du reste pas à se plaindre. Cette semaine, le site d’information français Direct Matin publiait une infographie établissant la comparaison entre le salaire de différents dirigeants européens. On y découvre que les ministres belges sont les mieux rémunérés parmi les huit pays de référence. Leur salaire mensuel brut s’établirait à 17 500 euros contre 14 000 au Royaume-Uni, 12 000 aux Etats-Unis ou 5 750 en Espagne. Quant à la rémunération du Premier ministre belge, elle ne serait dépassée que par celle du président des Etats-Unis.

La comparaison est cependant difficile à établir avec évidence. Les montants avancés sont des données brutes. Or les taux de prélèvement diffèrent d’un pays à l’autre. Selon une étude du Centre de recherche et d’information socio-politiques (Crisp), le salaire mensuel net des ministres belges s’élève à 10 700 euros, et celui du Premier ministre à 11 035 euros. Cela fait une sacrée différence avec les montants bruts repris par la presse française. Et puis, il y a les différents avantages non salariaux dont bénéficient les ministres (chauffeur, voiture de fonction, téléphone, indemnités diverses, etc.) et qui varient fort eux aussi d’un pays à l’autre. Enfin, la possibilité de cumuler le salaire avec d’autres sources de revenu n’est pas la même partout non plus. Mais cela n’empêche : les ministres belges n’ont sans doute pas grand-chose à envier à leurs homologues étrangers.


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