Le test électoral que propose "La Libre Belgique" sur son site LaLibre.be en partenariat avec la VRT, le "Standaard" et la RTBF fait un tabac. A ce jour, il a été effectué par plus de 1,4 million de Belges. Pour rappel, ce test permet de déterminer de quel parti on est politiquement le plus proche en répondant à 35 questions pour le niveau fédéral, 35 pour le niveau régional et 20 pour l’Europe (Faites le test ici).

Pourquoi un tel succès ? Benoît Rihoux, politologue à l’Université catholique de Louvain et l’un des concepteurs du test, l’explique par le fait, notamment, que c’est "un outil dans l’air du temps". "Il y a aujourd’hui, avec le développement d’Internet, des réseaux sociaux, de plus en plus d’informations qui arrivent vers les citoyens qui ne sont pas produites par les partis, dit-il. Le rôle des médias et des académiciens doit évoluer, ne plus se contenter d’une comparaison assez classique des programmes. On peut dire que les tests de ce genre constituent un nouvel outil d’information."

Une particularité francophone

Une information qui est bienvenue durant la période préélectorale. "Dans une campagne, poursuit Benoît Rihoux, les partis tentent de montrer leurs points forts, mais surtout de se démarquer des autres. Et pour cela, bien souvent, ils désignent un adversaire. C’est extrêmement clair dans le sud du pays entre le PS et le MR. Mais c’est un type de communication très sélectif. Ce que peut apprécier l’utilisateur dans notre démarche rigoureuse et non-partisane, c’est d’avoir une information plus complète. Cela intéresse les citoyens. Surtout du côté francophone où la distance idéologique entre les partis aujourd’hui représentés dans une assemblée n’est pas extrêmement grande. Il y a bien sûr des différences entre PS, MR, Ecolo, CDH et FDF. Mais aucune incompatibilité entre eux. On ne sait pas ce qui peut arriver après le 25 mai. Mais pour l’instant, c’est comme cela."

Si ce que les sondages prédisent se confirme et que le PTB et le PP obtiennent un ou plusieurs élus, cela pourrait d’ailleurs être la fin de ce que le politologue de l’UCL, appelle "une particularité de la scène politique francophone belge". " Au sud du pays, jusqu’à présent aucune offre alternative à la droite ou à la gauche radicale n’a pu se construire durablement. Le FN n’a jamais vraiment été un parti structuré. Il existe pourtant presque partout en Europe des formations de droite radicale ainsi, d’ailleurs, que de gauche radicale. Aux Pays-Bas, en Allemagne, dans les Pays scandinaves, en France, etc. La Belgique francophone est un peu un cas particulier."

Que la distance idéologique entre les partis francophones soit plus petite que celle qui existe entre les partis flamands est une évidence apparue très nettement lorsque les chercheurs universitaires ont conçu le test. Chacune des questions a en effet été soumise aux différents partis. Sur les 35 items du questionnaire fédéral, les formations politiques francophones ont donné un point de vue identique dans 12 cas - sur l’indexation automatique des salaires par exemple. Entre les partis flamands, il n’y a en revanche eu aucune unanimité. Il faut dire qu’il y a un parti flamand de plus représenté dans le test et que dans plusieurs cas, c’est le Vlaams Belang qui se démarquait seul des 5 autres.

"Ce qui est intéressant à relever, note Benoît Rihoux, c’est que sur certaines questions importantes, il n’y a plus de famille politique. C’est très marqué entre le CDH et le CD&V ou entre le MR et l’Open VLD."

Est-ce que cette différence idéologique plus marquée entre partis explique pourquoi le test marche proportionnellement plus en Flandre ? Car c’est un constat statistique incontestable. Le succès du "stemtest" est nettement plus marqué au nord du pays jusqu’à présent. Il a été fait à 1 470 000 reprises, mais seulement 350 000 côté francophone. "On est surpris par l’ampleur de la différence, reconnaît Benoît Rihoux. En Flandre, ce n’est pas un outil nouveau. Il est utilisé depuis 2003. C’est devenu un outil d’information classique. Les médias n’hésitent d’ailleurs pas à commenter les tests développés par des médias concurrents."

Différences avec la Flandre

Il est probable que la plus grande différence entre les partis joue effectivement un rôle. "Il y a un plus fort débat politique en Flandre, constate Benoît Rihoux. C’est plus polarisé, il y a 6 ou 7 partis importants. Il y a la présence du Vlaams Belang, de la N-VA. Une plus grande personnalisation de la politique aussi, ainsi qu’une plus grande place accordée à la politique dans l’espace public. On peut dire que oui, il y a une plus grande politisation en Flandre. Le paysage politique a aussi plus fortement changé ces dernières années."

Finalement, il y a peut-être plus de différences entre les partis au sein même des familles politiques qu’entre les opinions politiques des deux côtés de la frontière linguistique. Lors de la confection du test, les chercheurs ont en effet soumis au préalable les questions auprès de 1 000 répondants.

Sur les 35 questions, 24 débouchent sur un score comparable en Flandre et en Wallonie. Ainsi, 71,8 % des Wallons sont favorables à l’idée d’obliger les minimexés à travailler pour la collectivité pour 80 % des Flamands. Ou 51,5 % des Wallons veulent maintenir les centrales nucléaires contre 50,4 % de Flamands. Même l’indexation des salaires ne les divise pas vraiment : 71 % des Wallons ne veulent pas qu’on y touche contre 64,0 % de Flamands. L’affirmation selon laquelle il y a deux démocraties en Belgique n’est donc pas totalement fondée.