Le PS baisse dans les sondages mais, outre les scores, il doit gérer d’autres enjeux électoraux. Comme permettre à Elio Di Rupo de rester Premier, mais sans trop lisser le message électoral. Il faudra aussi que le PS ne déplaise pas trop à la Flandre qui pourtant vote majoritairement à droite.

I) Déjouer la montée du PTB

Officiellement, l’expansion du PTB dans les sondages n’inquiète pas le PS. Pourtant, les bulletins de vote supplémentaires qui devraient tomber dans l’escarcelle de l’extrême gauche au soir du 25 mai seront en grande partie puisés dans le vivier socialiste. Il n’y a pas de réelle menace d’effondrement électoral pour le PS en raison du phénomène PTB, mais tout de même : perdre des pourcents, voire des sièges de députés, ne placerait pas le parti dans une situation optimale pour aller au feu de la négociation des futures majorités régionales et de la prochaine coalition fédérale.

La méthode du PS pour endiguer le PTB ou en tout cas pour y résister le mieux possible est la suivante : ne pas l’affronter directement sur le terrain de celui qui sera le plus authentiquement à gauche. Non, les candidats PS sont invités à aller sur le terrain, à jouer la carte de la proximité avec la population. Au niveau des arguments de campagne, les socialistes ont pour mot d’ordre de défendre le bilan du PS dans les gouvernements en expliquant qu’être au pouvoir implique de trouver des consensus en permanence. Et, parfois, de laisser passer l’un ou l’autre dossier en faisant la grimace (la limitation des allocations de chômage dans le temps...).

Prendre des voix au CDH et à Ecolo

Mais, en tout cas, ce que le PS ne fera pas, c’est de démolir les propositions du PTB : pas de guerre à gauche. Cela amènerait le PS dans un débat qu’il ne peut que perdre face à un parti d’opposition, tandis que les socialistes doivent assumer des bilans gouvernementaux plutôt centristes et de partis "gestionnaires".

Ceci dit, s’il devait y avoir en effet une victoire du PTB aux prochaines élections, si les voix de cette progression devaient en effet être prises au PS, ça ne se traduirait pas forcément par une débâcle électorale socialiste. En effet, selon des éminences grises du PS, le parti, en jouant sur une campagne au centre gauche, devrait récupérer une partie de ses pertes en prenant des voix à l’aile progressiste du CDH et à Ecolo.

II) Ne pas donner une image trop lisse

Le PS a un avantage qui est aussi un poids : le Premier ministre belge est un socialiste francophone. Et Elio Di Rupo compte bien conserver le 16 rue de la Loi pour un deuxième round de mandat politique suprême. Voilà qui peut porter le PS pour la campagne électorale : Elio Di Rupo représente le retour à la stabilité institutionnelle en Belgique, il rassure, il bénéficie même d’une bonne image en Flandre. Il ne reste plus qu’au PS à tendre la main pour récolter les fruits électoraux de l’image très positive et sympathique qu’est arrivé à se constituer le Premier ministre.

Ça, c’est le côté positif. Mais il y a également un écueil. Elio Di Rupo, pour le moment en tout cas, est en dehors de la campagne électorale. On sent qu’il ne veut pas se salir les mains en bataillant avec les autres partis, il veut se placer au-dessus de la mêlée politicienne et électoraliste. C’est une question d’image. Il s’agit aussi de ne pas trop se fâcher à titre personnel avec les futurs partenaires de coalition qui devront accepter qu’il reste Premier ministre.

Donc, le danger, c’est qu’en se sortant volontairement de la violence du débat politique, Elio Di Rupo brouille le message du reste du PS lui-même qui, lui, doit et devra se battre sur les plateaux de télé avec les adversaires. En particulier avec le MR. Mener une campagne trop prudente, trop lisse, pour préserver les chances d’Elio Di Rupo de rempiler plomberait le message socialiste. Le PS serait alors inexistant, sa voix serait noyée dans le brouhaha des débats électoraux…

Mouiller Elio Di Rupo

D’ailleurs, le MR a bien compris ce point faible : Louis Michel lancé une première attaque lundi en dénonçant à "Matin Première" (RTBF), l’image lisse cultivée par le Premier ministre. Il lui a reproché de " n’être jamais que dans ce qui est bon, bien, séduisant " et de ne " j amais nourrir le débat ". A quoi joue le MR ? Les libéraux tentent d’obliger Elio Di Rupo à se mouiller personnellement dans la campagne et donc à se prendre des coups.

III) Ne pas (trop) déplaire à la Flandre "de droite"

Ce n’est pas un secret : malgré la bonne image personnelle d’Elio Di Rupo au nord du pays - une performance en soi - le PS sert aussi d’épouvantail à certains partis. A commencer bien entendu par la N-VA, qui a décidé, si cela s’avérait possible, de renvoyer les socialistes francophones dans l’opposition. Du coup, les partenaires gouvernementaux du PS au fédéral ne sont pas complètement à l’aise sur leur alliance. Le CD&V et l’Open VLD savent qu’ils risquent de prendre des coups pendant la campagne en provenance des nationalistes flamands. Les troupes de Bart De Wever auront en effet beau jeu de dénoncer leur passivité face à un PS surpuissant qui aurait fait la pluie et le beau temps au fédéral sans se soucier de l’intérêt supérieur flamand…

Autrement dit, le PS ne peut pas mener tout à fait la campagne qu’il veut : il doit ménager un minimum ses partenaires flamands actuels, qui seront peut-être encore ses alliés de demain au fédéral si la tripartite traditionnelle (socialistes/libéraux/sociaux-chrétiens) devait être reconduite comme les bruits dans les coulisses politiques le laissent penser.

Pas de radicalisme de gauche

Cela veut dire que le PS doit non seulement veiller à ne pas (trop) proposer d’idées imbuvables pour les Flamands ou, en tout cas, ne pas en faire une condition sine qua non pour la formation du prochain exécutif fédéral. Face à une Flandre clairement à droite, le PS ne peut pas faire dans le radicalisme de gauche, c’est clair.

Cela veut dire aussi que le PS doit veiller dans sa communication à faire oublier le "vieux PS", celui des "affaires", celui des scandales clientélistes à répétition. Une chance : les socialistes ne traînent pas de trop grosses casseroles pour le moment. Il y a bien l’une ou l’autre instruction judiciaire contre l’un ou l’autre mandataire PS, mais rien de général comme à l’époque des scandales dans le logement social wallon.

IV) Eviter de perdre les manettes du pouvoir

En interview, aucun président de parti n’a peur que sa formation doive passer une législature dans l’opposition. Pourtant, être coupé des rouages du pouvoir, en termes de pure force politique d’un parti, peut avoir des effets désastreux : les cadres ont tendance à quitter la formation en question pour la fonction publique, pour le privé, voire pour d’autres partis. De même pour certains élus, également tentés par d’autres rivages. Le parti ne peut plus agir via ses ministres, il est condamné à se refaire une virginité dans l’opposition.

Problème pour un parti de pouvoir comme le PS : aller dans l’opposition, après autant d’années aux commandes à tous les niveaux de pouvoir, serait explosif. Pourquoi ? Car le parti ne manque pas de poids lourds... Actuellement, une paix relative règne dans les fédérations du PS car il y a des mandats pour tout le monde, cela préserve les équilibres. Prenons par exemple la bouillonnante fédération liégeoise. Actuellement, les rôles y sont bien distribués : Marcourt à la Région, Demeyer patron de la fédération et bourgmestre de Liège, Labille ministre fédéral, Frédéric Daerden au Parlement européen… Mais que se passerait-il si le PS n’était plus aux commandes ? Les couteaux sortiraient de leur étui…

L’après-scrutin dans les têtes

Par ailleurs, la force du PS repose sur une galaxie de cadres et de techniciens de la chose publique dont la carrière dépend directement de leur formation politique. Ecarté du pouvoir de manière durable, ayant perdu cette base, le PS risquerait de ne jamais s’en relever.

C’est l’une des raisons qui poussent le boulevard de l’Empereur à déjà envisager les différentes alliances possibles de l’après-scrutin pour se maintenir aux commandes. La réunion de stratégie électorale de lundi dernier, en plus d’avoir désigné le MR comme l’adversaire idéologique à combattre lors de la campagne, a aussi abordé les différentes hypothèses de coalition.

Infographie: les résultats aux élections du PS depuis 1995, à Bruxelles et en Wallonie.