Si la défiance envers le monde politique n’est pas neuve, la gestion de la crise sanitaire semble avoir creusé le fossé entre citoyens et politiques. Le second volet du sondage La Libre Belgique/La Dernière Heure/L’Avenir/Dedicated confirme un manque de confiance envers les représentants politiques : seuls 19 % des sondés donnent une bonne note au gouvernement fédéral (le Premier ministre, lui, rassemble 29 % des sondés). Le chiffre descend à 15 % si l’on se concentre sur les exécutifs régionaux. Dans les deux cas, près d’un francophone sur cinq ne se prononce pas.

"Depuis juillet, on assiste à des mouvements de contestation des décisions prises par les gouvernements Wilmès ou De Croo", analyse Benjamin Biard, politologue au Centre de recherche et d’information socio-politiques (Crisp). "Dans les premiers mois de la crise, le gouvernement n’avait pas trop souffert en termes de confiance, alors que l’on était déjà dans un contexte de restrictions des libertés lors du premier lockdown. Puis il y a eu des actions en justice contre les mesures prises, des cartes blanches publiées dans la presse, des mobilisations citoyennes, etc. On peut penser que la confiance s’est érodée."

© Dedicated - La Libre Belgique - La DH - L'Avenir. Photos: Belga et Jean-Luc Flémal

La crédibilité accordée aux experts dits "indépendants" est plus élevée : 42 % des répondants se disent confiants en leur parole, contre à peine 21 % pour les scientifiques mandatés par le gouvernement qui interviennent lors des conférences de presse. Une différence qui montre également la défiance de la population à l’égard du pouvoir, bien que certains experts présentent un profil à la croisée des deux catégories.

Wilmès et De Croo ex aequo

Cette légitimité accordée aux experts peut surprendre. "Cette adhésion semble trancher avec le mouvement d’opposition que l’on a pu apercevoir il y a quelques mois. Je pense notamment à la manifestation contre Marc Van Ranst ou encore les interrogations à l’encontre de la Celeval au moment des départs en vacances du mois de juillet", décrypte le politologue. Parmi les facteurs qui pourraient expliquer ce regain de popularité, la réorganisation des instances ou encore le fait que les experts s’expriment moins qu’il y a quelques mois. À noter aussi que près d’un francophone sur cinq déclare ne pas avoir d’avis sur la question.

La défiance envers le gouvernement semble dépasser la seule équipe d’Alexander De Croo (Open VLD), en place depuis deux mois au moment du sondage. En effet, quand on leur demande de comparer sa gestion de la crise à celle du gouvernement Wilmès, 55 % estiment qu’elle n’est ni meilleure ni moins bonne. Une part égale de répondants attribuent une meilleure gestion à la nouvelle équipe ou à l’ancienne (19 %).

La comparaison demeure toutefois complexe, au regard du manque de recul sur l’expérience de ce nouveau gouvernement. "L’équipe d’Alexander De Croo est jeune et présente des figures que le public ne connaissait pas spécialement, à l’exception du ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke. Pour ce dernier, justement, on l’attend plutôt pour ce qu’il va faire, notamment sur la vaccination", détaille M. Biard, là où, a contrario, Maggie De Block était plutôt jugée sur sa gestion des soins de santé dans les années qui ont précédé.

La fiche technique du sondage

Ce sondage, commandé par les journaux La Libre, La Dernière Heure et L’Avenir, a été effectué par Dedicated sous la direction de Sacha Dumoulin. La sélection des répondants a été réalisée par Internet dans le respect des quotas sur les principaux critères sociodémographiques (genre, âge…) et répartie de façon représentative entre les provinces de Wallonie et sur les communes de la Région de Bruxelles-Capitale.
L’enquête a été effectuée par Internet du 7 au 14 décembre 2020, sur un échantillon strictement représentatif de 706 Wallons âgés de 18 ans et plus et sur un échantillon strictement représentatif de 298 Bruxellois. La durée moyenne d’administration du questionnaire a été de 10 minutes. L’analyse a ensuite été réalisée sur l’échantillon redressé de ces deux populations.
La marge d’erreur sur l’échantillon total est de ± 3,1.