Avec cette désarçonnante cacophonie autour de l’éolien, l’Olivier wallon (PS-CDH-Ecolo) serait-il sur le point de signer son arrêt de mort ? A entendre les partenaires (?) de la majorité gouvernementale, on pourrait légitimement le penser. Et ce n’est clairement pas la perspective du méga scrutin de mai 2014 qui va arranger les choses. Car si, en surface, les ministres wallons tentent d’afficher un semblant de solidarité, force est de constater que, en coulisses, tous les coups sont permis. Dans tous les sens et dans tous les dossiers. L’éolien n’y échappe pas. Que du contraire, il pourrait bien être LE dossier - avec le photovoltaïque - qui cristallise tous les maux de l’Olivier.

Explications. Dans la déclaration de politique régionale (2009-2014) qui liste les chantiers sur lesquels les partenaires de la majorité se sont accordés à mener et, autant que possible, à faire aboutir au cours de la législature, il est expressément prévu qu’une nouvelle politique éolienne soit menée par la Wallonie de façon à rencontrer les objectifs énergétiques qu’elle s’est fixés, et à honorer ses engagements européens. D’où la mise en place d’un nouveau cadre de référence éolien d’abord, puis d’une cartographie dite "indicative" tout récemment retirée, et enfin d’un futur décret, actuellement toujours à l’état d’avant-projet.

Le plan Di Antonio et/ou le plan d’Ecolo ?

Mais voilà, et c’est ici que cela se corse, ce nouveau plan de l’éolien wallon présentait initialement deux volets, expose une source proche du dossier, "un volet ‘autoroutes’ (installer des petites éoliennes le long des autoroutes) et un volet ‘autres’ (implanter des mâts éoliens à des endroits bien identifiés sur le territoire wallon ). La complémentarité de ces deux volets était indispensable pour atteindre les objectifs énergétiques visés. Mais voilà, aujourd’hui, on a d’un côté Di Antonio (Travaux publics-CDH) qui défend son plan ‘autoroutes-petit éolien’, de l’autre Nollet ( Energie-Ecolo) et Henry (Aménagement du territoire-Ecolo) qui défendent leur plan ‘grand éolien’. Et entre les deux, il y a une incroyable cacophonie".

En témoignent ces propos anonymes récoltés ici et là dans les rangs de l’Olivier wallon : "Nous, on a toujours été pour le petit éolien de Di Antonio, pas pour pour le grand éolien des écologistes. D’ailleurs, tout le monde a toujours préféré le plan de Di Antonio, mais Henry ne l’a jamais accepté de peur d’être court-circuité. Nollet, lui forcément, n’a jamais été aussi catégorique puisqu’il a ses objectifs énergétiques à atteindre". Et le même de lâcher : "Allez, cette cartographie éolienne franchement, elle était totalement fausse et pourrie ! Henry devait s’attendre à se faire déshabiller par les communes".

"Le plan de Di Antonio ne tient pas la route", réagit un autre. Si on se limite au petit éolien, on n’atteindra jamais les objectifs énergétiques en 2020. Non ce plan, c’est un truc que Di Antonio a sorti un jour de son chapeau, il s’est engouffré là-dedans et aujourd’hui, son projet est loin d’être mûr. C’est exactement comme le coup des nouvelles villes, c’est de la pure com’ !"

Un autre encore déclare : "Le projet de Di Antonio consistant à doter les poteaux d’éclairage le long des autoroutes de petites éoliennes permettrait non seulement de concentrer les nuisances ( couvrir le bruit de l’éolienne par le bruit des voitures…) , d’éviter de nuire au paysage wallon tout en atteignant les objectifs énergétiques. Et ce n’est clairement pas un plan qui vient en soutien de celui de Nollet et d’Henry, c’est LE plan global pour le petit mais aussi pour le grand éolien. Non la vraie raison, c’est que le ministre Henry a regretté de ne pas avoir eu cette idée des autoroutes avant Di Antonio !"

"Les écologistes ont péché par manque de réalisme"

Au-delà de ces querelles politico-politiques, c’est aussi la stratégie, le mode de fonctionnement général des écologistes - qui doivent encore faire aboutir quelques gros dossiers d’ici la fin de la législature - qui est évoqué à maintes reprises. Parfois pour l’encenser, souvent pour le dénoncer. " Ecolo a le mérite de s’être mouillé sous cette législature", reconnait un observateur interne à l’Olivier. Mais ils se sont embarqués dans des projets sans avoir une réelle conscience de ce que cela allait impliquer. L’éolien l’illustre parfaitement. Ils ont péché par manque de réalisme, je dirais. Et aujourd’hui, ils se retrouvent à lancer des enquêtes publiques à six mois des élections, c’est casse-gueule évidemment".

Un dernier termine : "Les écologistes ont lancé une série de projets dès le début de la législature, mais c’est sûr que le PS et le CDH ont tout fait pour les ralentir dans leur travail. Je pense qu’ils n’ont pas toujours compris qu’il y avait un décalage entre le temps politique et le temps réel. Alors forcément, cela coince parfois entre eux et quasiment tout le temps avec leurs partenaires de la majorité Olivier".

On l’aura compris.