Les mesures annoncées par la coalition fédérale constituent davantage des mauvaises nouvelles que de bonnes pour le budget des entités fédérées, a estimé jeudi le ministre-président wallon Paul Magnette. Un saut d'index ne bénéficierait que pour quelques millions d'euros au budget de la Région wallonne, la taxation des intercommunales constituerait une perte sèche pour les communes, une hausse des accises de 10 centimes d'euros augmenterait de 3 millions d'euros le coût des carburants pour les TEC et les mesures réduisant les prépensions et augmentant l'âge de la pension accroîtraient la masse salariale de la Fonction publique et des OIP, selon le gouvernement wallon.

"Il faut attendre les mesures exactes pour en évaluer l'impact, mais nous avons le sentiment qu'il s'agit plus de mauvaises nouvelles que de bonnes pour l'Entité II" (régions, communautés et pouvoirs locaux, ndlr), a commenté M. Magnette.

Le ministre du Budget, Christophe Lacroix, n'a pas exclu l'idée que la somme économisée sur la Fonction publique du fait du saut d'index soit redistribuée aux fonctionnaires via une amélioration qualitative.

Un nouvel outil, le "comité de monitoring", sera chargé d'anticiper l'évolution des matières budgétaires, dont de potentielles nouvelles requalifications comptables par l'Europe, afin d'éviter tout effet de surprise.


Jamar (MR): "Le citoyen attend autre chose qu'une musculation entre niveaux de pouvoir"

Le député wallon Hervé Jamar (MR) a demandé jeudi, à l'issue de la présentation du budget régional 2015, que la Région wallonne et le Fédéral entrent dans une "zone de convergence et de concertation" plutôt que de se livrer à une musculation dont le citoyen ne tire pas bénéfice. "Le citoyen attend autre chose que de s'entendre dire d'un niveau de pouvoir qu'il est meilleur que l'autre", a commenté M. Jamar.

Il juge que le gouvernement wallon a temporisé l'annonce de ses mesures budgétaires sur celle des mesures budgétaires fédérales, dans une sorte "d'exercice de communication où chacun regarde l'autre".

Selon le niveau de pouvoir que l'on défend, on parlera de "rigueur responsable" ou d'"austérité", mais au final, "ces termes sont synonymes", aux yeux du député d'opposition, qui en appelle dès lors à la "responsabilisation du monde politique".

Les reports d'investissements décidés par le gouvernement PS-cdH restent selon lui un constat d'échec, et ont un impact négatif sur les entreprises. Aucun plan de désendettement n'est encore prévu pour une dette wallonne dont le montant s'élève à près de 19 milliards d'euros, et le déficit est maintenu à 450 millions d'euros, relève-t-il encore.

S'il dit attendre le détails des mesures budgétaires, il note déjà que le gouvernement ne peut se prévaloir de préserver les pouvoirs locaux s'il réduit les points APE (aide à la promotion de l'emploi). Il relativise aussi l'effort de réduction des dépenses publiques, qui s'élève à un peu plus de 200 millions d'euros.



"Le choix de l'austérité", selon Ecolo et le PTB

En choisissant d'accomplir sur la seule année 2015 quelque 60% de l'effort pour revenir à l'équilibre budgétaire en 2018, le gouvernement wallon a fait le choix de l'austérité, a estimé jeudi Ecolo. Le PTB le rejoint. Les Verts pointent du doigt les réductions des subventions ou la limitation de la valeur des points APE, "sanglantes" pour le non-marchand et le tissu associatif et "très dommageables" pour l'emploi, en ce compris au niveau des pouvoirs locaux.

Les reports d'investissements "correspondent paradoxalement aux besoins les plus criants pour notre société" (crèches, maisons de repos, création de logements publics), selon Ecolo. Le parti déplore aussi la réduction des primes énergies, un choix "particulièrement interpellant" pour le portefeuille des ménages et l'emploi dans le secteur de la construction et l'environnement.

Ecolo déplore qu'aucune contribution n'est demandée aux plus nantis, "par exemple au 1% des plus riches".

Le PTB relève pour sa part que le gouvernement n'est pas parvenu à garantir que les tarifs des TEC n'augmenteront pas. Il n'épagne pas les coupes qui se répercuteront sur l'emploi, notamment sur l'associatif. Le parti radical dénonce lui aussi les investissements reportés sur les places de crèche, les lits en maison de repos et qualifie à son tour la politique du gouvernement wallon d'austérité.