A chaque confection du budget fédéral, à chacun de ses ajustements en cours de route, les mêmes fantasmes resurgissent : pourquoi ne pas tout régler d’un coup de baguette magique ? Comment ? Avec la technique dite des "one shot", évoquée tout récemment, et sans doute un peu rapidement , par le nouveau ministre des Finances, Koen Geens (CD&V).

Par "one shot", on désigne des opérations tout à fait ponctuelles qui feraient rentrer du cash dans les caisses de l’Etat. Quitte à vendre "les bijoux de famille" de la Belgique... Ce n’est pourtant pas si simple, les pistes les plus attrayantes a priori pour faire de l’"easy money" sont, en fait, peu crédibles.

L’immobilier : du passé

Par exemple : le "sale & lease back" au niveau du patrimoine immobilier, soit ce système de l’ère reyndersienne qui a consisté à vendre des dizaines d’immeubles de bureaux à des partenaires privés pour ensuite les relouer. A l’époque, l’Etat avait récolté plusieurs centaines de millions d’euros. Ceci dit, la manœuvre avait et suscite encore pas mal de critiques sur le coût réel du système.

Alors, une telle opération en principe juteuse est-elle possible aujourd’hui alors que le gouvernement réuni en conclave cherche des centaines de millions ? Oui et non. Tout d’abord, il ne reste plus beaucoup d’immeubles de bureaux dans le patrimoine de la Régie des bâtiments. Or, c’est pour ce type de construction que le "sale & lease back" a du sens car les bureaux sont plus facilement valorisables aux yeux du privé.

Le calcul économique peut alors être intéressant : il faut voir les ratios entre l’argent de la vente et les loyers qui seront payés moins les dépenses que l’Etat ne devra plus effectuer, n’étant plus le propriétaire (coûteuses assurances, entretien, etc.).

Mais ça, c’est du passé. En effet, aujourd’hui, le "sale & lease back" concernerait surtout des bâtiments emblématiques : des palais de justice ou encore des prisons Pourrait-on les vendre et les relouer ? On peut toujours faire un "sale & lease back", on trouve toujours quelqu’un pour accepter le deal. Mais pas à n’importe quel prix Le rendement d’une telle opération pour de tels bâtiments serait beaucoup moins intéressant pour les caisses de l’Etat. Bref, on peut oublier cette technique de renflouement des déficits. En tout cas sur une grande échelle.

Vente des entreprises publiques

Autre bel exemple de "one shot" qui a fait rêver certains grands argentiers fédéraux : la vente des parts détenues par l’Etat dans ses grandes entreprises publiques. Pour l’essentiel, deux d’entre elles sont visées : Belgacom et bpost.

Toutefois, attention, en cas de cession totale ou partielle, le fruit de ces ventes ne pourrait en aucun cas être affecté au budget annuel mais uniquement au dégonflement de l’énorme dette publique belge (les déficits annuels cumulés). L’impact serait alors indirect et minime : via la réduction de la charge d’intérêts de la dette pesant sur les finances publiques.

Dommage, car les chiffres donnent le vertige Dans le cas de Belgacom, l’Etat détient 53 % du capital de la société de télécoms, soit un peu plus de 180 millions d’actions. Au cours boursier d’hier, la valeur (purement indicative) de ces parts publiques s’élève à 3,6 milliards d’euros environ. Par ailleurs, si une telle opération ne peut pas aider à combler un déficit annuel, elle risque au contraire de le creuser.

Oui, c’est tout le paradoxe : l’Etat, en se désengageant comme actionnaire, perdrait son droit à percevoir les dividendes de Belgacom. Ils sont très élevés. Pour 2012 : 450 millions d’euros. Voilà pour le seul aspect budgétaire. Mais la perte du contrôle majoritaire de Belgacom pose aussi bien d’autres questions sur le plan de la stratégie économique belge, sur le plan social (16 000 emplois directs), sur le plan politique, etc.

Dans le cas de bpost, c’est le même topo : l’Etat détient 50 % du capital + 1 action. En vendant ces parts, pas d’équilibrage de budget possible : tout va à la dette publique. Par ailleurs, les dividendes passeraient également à la trappe. Moins important que pour Belgacom, le fédéral a quand même droit à un joli pactole de 99 millions pour 2012 (contre 107,9 millions pour 2011).

Encore un autre problème : bpost attend son entrée en Bourse partielle car l’actionnaire privé minoritaire CVC veut vendre sa participation. Même si l’Etat a le droit, sur le papier, à vendre en dehors des marchés ses actions, il est très peu probable qu’un hypothétique désengagement de l’Etat se fasse avant cette opération boursière.