Ils ont défendu avec ferveur certains principes durant la campagne électorale. Au lendemain du 25 mai pourtant, ils sont revenus sur leurs promesses.

Charles Michel, meilleur ennemi de la N-VA

Avant. C'était à peine un mois avant le scrutin, le 29 avril dernier. Le vice-Premier libéral, Didier Reynders, déclarait dans la presse refuser toute alliance avec les nationalistes flamands, au fédéral comme à Bruxelles. "Il n'est pas question de prendre dans la coalition un parti qui a un projet totalement destructeur pour la Région bruxelloise. Et pour moi, c'est la même démarche au fédéral: la N-VA a aussi un côté destructeur pour l'avenir de l'Etat. Si on est autour de la table, nous demanderons de privilégier une majorité sans la N-VA. Cela nécessite que l'un ou l'autre parti change d'attitude entre la campagne et le lendemain du scrutin", affirmait-il.

De son côté, le président du MR, Charles Michel, tenait ces propos, la même semaine, sur les ondes de Bel RTL : "Le MR n’a rien à voir avec la N-VA". Quelques mois plus tôt, il déclarait aussi : "Je n'ai pas besoin de la N-VA pour convaincre que plus que jamais si on veut un redressement économique, si on veut du gouvernement de qualité en Wallonie et à Bruxelles, on a besoin d'un MR fort ". Et il ne ménageait pas le parti flamand : "Le nationalisme c'est le choix du repli, c'est le choix de la division, c'est le choix de la destruction et nous sommes adversaires de la destruction".

Après. "Au terme de la mission d'information, nous sommes en mesure d'entamer les négociations sur le programme du gouvernement avec trois autres formations politiques, CD&V, NV-A et Open VLD." Voici ce qu'a déclaré Charles Michel dans une lettre publiée ce mardi 22 juillet (à lire en intégralité ici), pour expliquer à son parti son choix d'avoir scellé une coalition "suédoise" ou "kamikaze".

Paul Magnette et Maxime Prévot ont-ils trompé leur ville ?

Avant. A la question "Vous voulez rester bourgmestre de Charleroi jusqu’au bout de votre mandat ?" que lui posait La Libre durant la campagne , Paul Magnette répondait : "Oui, je veux continuer à porter cette dynamique importante que j’ai lancée à Charleroi." Mais le président du PS précisait aussi : "Je suis un soldat au service du parti. Au PS, on est dans un parti dans lequel on se met au service de l’intérêt collectif." Sentait-il l'affaire ?

Après. Paul Magnette a été élu ministre-président de la Région wallonne, la fonction tenue par Rudy Demotte ayant été dédoublée. Paul Magnette a rapidement confirmé qu'il resterait bourgmestre en titre de Charleroi, fonction qu'il occupe depuis 2012. Françoise Daspremont, actuelle échevine PS de l'Etat-civil, devenant "échevine déléguée".

Outre le fait qu'il risque, par manque de temps, de délaisser une ville qui nécessite pourtant un grand soutien, se pose aussi la question du cumul. En gardant cette fonction, Magnette contourne-t-il le décret décumul (la nouveauté de cette législature 2014-2019 qui consiste en l’interdiction pour 25 % des parlementaires de cumuler leur mandat de député wallon avec un mandat de bourgmestre, d' échevin ou de président de CPAS)? Car si Paul Magnette était bel et bien dans la liste des "cumulards", il n'était pas prévu en revanche qu'il soit nommé ministre.

On peut se poser les même questions concernant Maxime Prévot, nouveau vice-président du gouvernement en charge notamment des Travaux publics. Nul doute que, comme à Charleroi avec Magnette, de nombreux électeurs CDH à Namur ont voté pour lui en ses qualités de bourgmestre. Ville dont il a toujours durant la campagne affirmé vouloir rester à la tête. Ce qu'il fera, tout en déléguant cependant certaines matières à l'échevine MR Anne Barzin. Y parviendra-t-il avec autant d'efficacité que jusqu'à présent, compte tenu du gros poste ministériel dont il hérite, comprenant les Travaux publics, l'Action sociale, les Allocations familiales, l'Egalité des chances, la Sécurité routières et les zones d’activité économique et patrimoine ? "Je garde le leadership sur Namur. Pour ne pas créer de confusion, il n’y aura pas de 'bourgmestre faisant fonction' mais un 'échevin délégué aux responsabilités mayorales'. C’est juste une délégation de signature, en somme", affirmait-il ce mardi matin dans L'Avenir.

Magnette et l'ordre dans lequel il faut faire les choses

Avant. Quelques semaines avant les élections, Paul Magnette déclarait: "Nous ne formerons pas les gouvernements régionaux avant le fédéral, ce serait un trop grand cadeau pour Bart De Wever." Interrogé sur cette promesse par Pascal Vrebos, Elio Di Rupo balayait la question en disant simplement qu'il ne "connaiss[ait] pas cette phrase de Paul Magnette". Côté flamand, c'est le CD&V qui affirmait vouloir former un gouvernement fédéral avant de discuter la formation du gouvernement régional.

Après. Les gouvernements régional et communautaire ont prêté serment le 22 juillet. Le même jour, Charles Michel et Kris Peeters étaient nommés formateurs d'un gouvernement fédéral par le roi Philippe. Ce 22 juillet aussi, la N-VA, le CD&V et l'Open VLD parvenaient à un accord de gouvernement côté flamand.

Dédoublement des ministres-présidences : Demotte schizophrène

Avant. Quand lui était posée la question de l'efficacité du double poste - ministre-président wallon et de la Fédération Wallonie-Bruxelles - qu'il occupait depuis 2008, Rudy Demotte en vantait les bienfaits notamment "pour la solidarité francophone entre la Wallonie et Bruxelles".

Après. Interrogé mardi midi en marge de la prestation de serment du nouvel exécutif de la Fédération, Rudy Demotte, fraîchement nommé ministre-président de la seule Fédération Wallonie-Bruxelles, a justifié le choix de dédoubler sa fonction comme l'une des conséquences de la sixième réforme de l'Etat, laquelle confie davantage des compétences aux entités fédérées du pays. "La présence d'un ministre-président propre à la seule Fédération Wallonie-Bruxelles permettra de mieux incarner l'institution et de mieux mettre en avant ses compétences", fait-il valoir. "Quand j'étais à la fois ministre-président wallon et de la Fédération, on a souvent déploré le fait que cette double casquette privait la Fédération d'une vraie visibilité. Ce sera le cas à présent", a-t-il ajouté. Certains ne sont pas du même avis et dénoncent cet éclatement des deux fonctions. "C'est insensé", réagissait Jean-Luc Crucke sur notre site. Et le député MR au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles de dénoncer : "Dans ce climat d'austérité, ça me paraît hallucinant d'avoir deux ministres-présidents là où avant il n'y en avait qu'un. L'autre va servir à quoi? De pot de fleurs? On dit qu'on n'a plus d'argent mais à côté de ça on nomme plus de ministres."