Politique belge

Le personnel politique est-il trop bien payé ? En cette période émotionnellement chargée, où les excès des uns, au Nord comme au Sud du pays, peuvent jeter le discrédit sur toute la classe politique, la question se pose. Tentative de réponse avec l’aide de quelques spécialistes de la rémunération en Belgique.

Remarque préliminaire, émise par Laurent Taskin, professeur de management à l’UCL : "Dans le secteur privé, comme dans le public, le niveau de rémunération ne se fixe pas seulement au regard du temps de travail, des qualifications ou de l’expérience, mais également selon la responsabilité et l’impact des décisions prises. Et en politique, on peut imaginer que les décisions ont un impact sur la population, particulièrement dans les fonctions exécutives. De plus, en politique, le travail est souvent complexe. On est loin des tâches simples et répétitives qui se caractérisent par des rémunérations faibles."

Le plafond de 183 000 euros

Sachant cela, les rémunérations des responsables politiques sont-elles trop élevées ? A la Chambre, un parlementaire touche 122 000 euros brut par an. Ses revenus peuvent cependant gonfler, en fonction des mandats qu’il occupe dans une ASBL ou une autre structure. Mais, en théorie, la rémunération totale d’un élu ne peut dépasser 150 % de cette somme, soit 183 000 euros (dans la pratique, les contrôles sont imparfaits). Avec une exception pour certaines fonctions spéciales (président de Parlement, chef de groupe,…). Le Premier ministre et ses vice-Premiers, eux, ont un salaire brut de 250 000 euros. C’est un peu moins pour les "simples" ministres fédéraux.

Package salarial

Ces sommes sont-elles indécentes au regard des salaires du secteur privé ? "Le personnel politique n’est pas scandaleusement payé", estime Bauduin Auquier, professeur de politique salariale à l’UCL. "D’abord, si vous voulez comparer à votre salaire mensuel celui d’un député, n’oubliez pas qu’il ne faut pas diviser 122 000 euros par 12, mais bien par 13,90, en raison de l’existence, pour la plupart des salariés, d’un double pécule de vacances et d’un treizième mois." La rémunération d’un député à prendre en compte dans une comparaison s’élève donc à 8 776 euros/mois.

"Prenez maintenant la rémunération d’un cadre dirigeant d’une grande entreprise", poursuit le Pr Auquier. "En plus de son salaire fixe, il touche une partie variable liée à la performance, qui s’élève à 20 ou 30 % du fixe. Il a également un intéressement aux résultats financiers, une assurance-groupe, une voiture de société, une assurance soins de santé, une assurance hospitalisation, une assurance incapacité de travail,… Au bout du compte, pour un cadre de direction (c’est-à-dire un poste juste en dessous du patron), ce package salarial s’élève souvent à 250 000 ou 300 000 euros brut par an dans une entreprise de 400 à 500 personnes. Mais ça peut monter à 500, 600 ou 700 000 euros, voire davantage. On est largement au-dessus de ce que gagnent les parlementaires. Et quand je vois que le Premier ministre touche 250 000 euros, pour un job qui l’occupe 24h/24…"

Besoin de transparence

Autre élément de comparaison, le Guide des salaires de Robert Half, spécialiste du recrutement. On y lit par exemple qu’en Belgique, un directeur financier gagne entre 6 000 et 9 000 euros brut par mois (bonus non compris). Et un CFO (Chief Financial Officer), de 7 550 à 18 000 euros. Ils n’ont rien à envier aux politiques non plus.

"Je n’ai pas l’impression que les rémunérations sont trop élevées dans le monde politique. Surtout si l’on sait que les politiques ne savent pas ce qu’ils feront à la fin de la législature", abonde Xavier Baeten, expert en salaires à la Vlerick Business School. "Non, la rémunération de base n’est pas trop élevée. Mais il faut faire attention aux postes supplémentaires d’administrateurs ou autres. A ce niveau, il faut davantage de transparence."

"Le problème, appuie Bauduin Auquier, c’est que certains ont tendance à cumuler. On peut d’ailleurs se demander ce qu’ils ont encore réellement le temps de faire comme boulot. Dans les grandes entreprises privées, l’obligation de transparence est beaucoup plus grande." Peut-être un exemple à suivre, pour le monde politique.