Ah, ça, c’est sûr qu’on va cirer nos meubles et nos chaussures", avait ironisé un bonze un rien insolent du microcosme politique wallon, en évoquant le passage du Premier ministre, lundi après-midi, au siège du gouvernement wallon... On n’a pas vérifié si tout était astiqué, mais le fait est qu’une solennité un peu cocasse a plané hier sur cette Elysette où Elio Di Rupo trônait naguère encore.

Sur le coup de 15h, personne hormis l’hôte Rudy Demotte. "L’idée est quand même qu’ils arrivent avant Elio ?" s’inquiète l’entourage du Premier. Ouf, oui, voici Nollet, puis Antoine. Aïe, le quatrième larron du sommet gouvernemental, Marcourt, arrivera après les prises de vue. Di Rupo, lui, traverse à pied la cour d’honneur, en bras de chemise. Oups, pas d’imper, euh, pas d’impair : de justesse, Demotte tombe la veste pour le saluer. S’ensuivent Stanley et Livingstone au bord de la pièce d’eau. Avec, tout de même, force clins d’œil entre les deux socialistes hennuyers.

- Bonjour, Monsieur le Premier ministre.

- Bonjour Monsieur le ministre-Président. Merci de m’avoir invité.

Et, d’un regard très dirupien aux caméras et objectifs : "Vous allez bien ? Ah, une photo devant la porte ? Merci beaucoup." Précisons : on a échappé à l’échange de cadeaux.

Bon, essayons d’être sérieux. A l’Elysette, on avait bien insisté : "C’est une présentation, pas une concertation." Histoire de ménager les suspicions de complots qui risqueraient vite d’envahir d’autres étages de la grande maison Belgique... Entendez que le top wallon a voulu "mettre à niveau l’information" du leader fédéral sur la stratégie qui est la sienne, désormais estampillée à l’Horizon 2022.

Après 80 minutes d’entretien, le Premier ministre anticipe : "Le gouvernement wallon m’a invité pour me présenter la dynamique Horizon 2022. Il est normal que je réponde à cette invitation comme je répondrai aux invitations d’autres institutions si elles m’invitent." Et l’information a bien été à sens unique : des Wallons à Di Rupo sur leur Horizon; pas de Di Rupo aux Wallons sur les suites de la sixième réforme de l’Etat alors même que cette présumée nouvelle dynamique wallonne et francophone devra bien intégrer les nouveaux transferts de compétences...

Reste que l’institutionnel s’est forcément invité au contact presse. On demande à Di Rupo de réagir aux déclarations du week-end d’un De Wever, d’un Picqué aussi : "Une déclaration ne guide pas la politique. Je ne réagis pas à la déclaration de qui que ce soit, même si c’est d’un ami. L’important est que chaque Région ait une stratégie pour améliorer sa situation, chacune à sa manière." Rudy Demotte enchaîne : "La priorité absolue, c’est donner un coup de rein économique. La Wallonie a deux défis majeurs, la démographie et la croissance. Il faut couper l’herbe sous le pied de ses détracteurs." Et puis, vous savez, ce Bart De Wever, "ce n’est pas lui qui va fixer notre agenda, prolonge l’Ecolo Jean-Marc Nollet. Cela se passe peut-être ainsi en Flandre, mais pas en Wallonie. Et lorsque nous avons travaillé, pendant des mois, aux réformes institutionnelles, lui était en vacances."

Bon, mais quand même, si l’Horizon 2022 veut assurer une sorte d’autonomisation de la Wallonie et des francophones, dans le sens d’une faculté à subvenir soi-même à ses besoins, diffère-t-il tant de quelque plan B ? Rudy Demotte : "Le plan B, je ne connais pas. Personne n’a jamais défini son contenu. La dynamique - pas le plan - Horizon 2022, ce sont des règles très concrètes. Elle fixe un objectif, des moyens, des actions."