François Hollande se sentait-il visé ? Mercredi, dans le cadre solennel du Conseil des ministres, le chef de l’Etat a "appelé à la plus grande fermeté et la plus grande vigilance" en matière de racisme. Le matin même, dans "Libération", sa ministre de la Justice, Christiane Taubira, avait regretté qu’il n’y ait "pas eu de belle et haute voix qui se soit levée pour alerter sur la dérive française". Quand, dernièrement, la page Facebook d’une candidate Front national (exclue de ce parti, depuis) la compara à un primate. Puis quand, dans un rassemblement contre la "loi Taubira" (ayant ouvert le mariage aux homosexuels), une ado brandit "une banane pour la guenon Taubira". La ministre italienne Cécile Kyenge doit également les affronter. Mais qu'en est-il chez nous? 

L’ex-secrétaire d’Etat Gisèle Mandaila vit le racisme au quotidien. En Belgique, le personnel politique noir doit-il, lui aussi, subir des attaques racistes comme celles qui se sont produites en France ou en Italie ? Pour le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (CECLR), la réponse à cette question est négative. Le seul cas dont se souvient son directeur adjoint, Patrick Charlier, concerne l’échevin de l’Etat civil de Saint-Nicolas, Wouter Van Bellingen (Spirit). Et il remonte à 2007. A l’époque, plusieurs couples avaient refusé que l’échevin noir les marie. "Pas de Noirs sur les photos du mariage", avait fait valoir les heureux (?) mariés. La commune avait fait front et refusé de remplacer l’échevin ostracisé.

Hormis ce cas isolé, "il y a manifestement une normalisation des choses au niveau politique en Belgique", pose Patrick Charlier. "La situation n’est pas du tout comparable à celle de la France et, surtout, de l’Italie. On peut s’en réjouir, car il y a quand même eu quelques Africains d’origine qui ont eu des responsabilités."

"Il n’y avait pas de Blanc ?"

Gisèle Mandaila (FDF) ne dit rien d’autre. Aujourd’hui députée bruxelloise, cette Congolaise d’origine a occupé de 2004 à 2007 la fonction de secrétaire d’Etat aux Familles et aux Personnes handicapées au sein du gouvernement Verhofstadt II. "A l’entame de mon mandat, il y a bien eu quelques insinuations de la part de parlementaires Vlaams Belang, dont c’est le fond de commerce, témoigne-t-elle. Je les ai balayées d’un revers de la main. Mais je ne sais pas comment je réagirais face à des attaques aussi fortes qu’en France ou en Italie."

Cependant, hors du cercle politique, Gisèle Mandaila en a entendu des vertes et des pas mûres. "Pourquoi nous a-t-on mis cette sale Noire au gouvernement ? Il n’y avait pas de Blanc ?", a-t-elle dû supporter un jour. Et les attaques racistes n’avaient pas attendu le début de sa carrière politique. "J’ai eu l’habitude de vivre dans le racisme. Quand je cherche un logement et qu’on me dit qu’il est pris alors qu’il est toujours libre. Ou quand je reviens de voyage en Afrique et qu’à l’aéroport, les douaniers, s’exprimant en néerlandais et pensant que je ne les comprends pas, se demandent ce que ‘ces Noirs viennent encore faire chez nous’."

"Un jour, au GB, poursuit Mme Mandaila, une petite fille est venue toucher ma peau, et s’est retournée vers sa maman en disant : ‘Tu sais, elle est pas sale, la madame’. Sa mère le lui avait sans doute suggéré. Le racisme est là. Il faut mettre en place des lieux pour le dénoncer, il faut décentraliser le CECLR pour que les gens puissent facilement porter plainte."