La Première ministre, Sophie Wilmès, a défendu jeudi l'amorce du déconfinement devant la Chambre face à une opposition critique, lui reprochant un manque d'humanité dans la stratégie choisie, et d'avoir fait la part trop belle à l'économie.

L'un des reproches est d'avoir permis le redémarrage de l'activité économique lundi alors que les familles devront encore attendre avant de se revoir. Une fuite vendredi dans les médias d'une version provisoire du rapport des experts conseillant le gouvernement a accru cette impression car il y était question d'autoriser à nouveau de se retrouver entre proches dans des réunions de moins de 10 personnes.

"Le groupe d'experts a lui-même changé son fusil d'épaule. Cette fuite a donné à la population de faux espoirs, je le regrette", a souligné la Première ministre. "C'est obligatoire. Ce n'est pas un choix", a-t-elle ajouté pour justifier la prudence à l'égard des retrouvailles familiales. Le virus frappe d'abord les personnes âgées. "Nos parents nous manquent mais nous devons être attentifs à la génération au-dessus de nous qui développe plus vite et plus fort les symptômes".

Pourtant, à entendre les écologistes, la dimension humaine fait défaut dans la stratégie choisie par le gouvernement fédéral et les Régions et Communautés. "Nous souhaitons que le gouvernement s'attaque aux conséquences psychologiques et sociales de cette crise", a réclamé le chef de groupe Ecolo-Groen, Georges Gilkinet.


Le PTB n'a pas mâché ses mots: "Nous reverrons notre patron avant notre famille, et la sécurité ne sera pas garantie sur le lieu de travail", a lancé Raoul Hedebouw.

Les partenaires sociaux se sont accordés sur un guide des bonnes pratiques qui doit permettre de reprendre le travail dans les entreprises le 4 mai. La FGTB a demandé jeudi qu'il soit rendu obligatoire. "Les inspecteurs sociaux seront désarmés car les employeurs ne seront tenus que par une obligation de moyens", a fait remarquer le député communiste. "Faisons les choses dans l'ordre: renvoyons les gens au travail quand on se sera assuré que les entreprises appliquent bien les mesures", a souligné pour sa part Ludivine Dedonder (PS).

Sur les bancs libéraux, les accusations passent mal. "Ce n'est pas la santé contre l'économie mais, pour certains ici, c'est la politique contre l'économie", a accusé Benoît Piedboeuf (MR). La Première ministre a également défendu le redémarrage économique: "Je continue à penser que le travail peut être un facteur d'épanouissement même dans des conditions difficiles", a-t-elle dit.

La N-VA, représentée pourtant au Conseil national de sécurité, déplore le manque de clarté des mesures annoncées, et s'étonne d'ailleurs du temps pris pour publier l'arrêté ministériel qui établira les règles du déconfinement. "Les gens veulent bien suivre les règles mais ils ne savent le faire que s'ils en comprennent la logique, et cela fait défaut aujourd'hui", a regretté Peter De Roover.

"Les citoyens ont besoin de clarté", a également demandé Catherine Fonck (cdH). Les centristes en appellent à la responsabilité des gouvernements: "Il ne faudrait pas que les gouvernements rejettent une recrudescence du virus sur la population. Les clés sont dans les mains des gouvernements: tests, traçage, isolement des porteurs, etc. C'est aux différents gouvernements d'agir et de rattraper le retard".