Le directeur de l'Institut Jules Destrée, Philippe Destatte, n'est guère étonné des multiples réactions critiques entendues après l'évocation par le ministre-président Rudy Demotte d'un nationalisme wallon. Certains mots sont plus "lourds" que d'autres, et celui-là n'était sans doute pas le plus adéquat, a-t-il fait remarquer. "Je ne m'étonne pas des réactions parce qu'il est assez difficile d'utiliser certains mots, par exemple depuis la guerre en ex-Yougoslavie où le nationalisme a montré un terrible visage d'exclusion", a-t-il souligné.

L'historien, auteur en 1997 d'un essai sur l'identité wallonne, ne rejette pas l'idée de nation en tant que communauté de citoyens qui est le cadre dans lequel se déploie la démocratie. Le mot de nationalisme est plus délicat, dès lors qu'il s'apparente à l'exacerbation du sentiment national même si, en Belgique, les sentiments nationaux sont multiples, qu'il s'agisse du sentiment belge, flamand, wallon, liégeois, etc.

"Certains travaux distinguent le nationalisme amoureux, qui traduit un amour de sa patrie, la valorisation de son pays, et le nationalisme belliqueux qui exclut l'autre. Dans sa définition du nationalisme wallon, Rudy Demotte se place dans la première définition mais en fustigeant la Flandre comme il le fait, il glisse un peu de l'autre côté", a-t-il ajouté.

"Le terme est difficile à utiliser. Il y a des mots plus lourds que d'autres. C'est une question de définition mais c'est un peu maladroit parce que ça demande des explications. Sans doute le terme n'est pas le plus adéquat. Je préfère parler d'identité, voire d'identification comme processus de reconnaissance mutuelle", a encore dit M. Destatte.

Le directeur de l'Institut Jules Destrée s'élève par ailleurs contre ceux qui contestent l'existence d'une identité wallonne. "C'est agaçant, c'est nier l'existence de l'autre. Ça me fait penser à l'homophobie".