L’assignation devant le tribunal civil de cinq députés de la commission d’enquête Publifin (Zrihen, Crucke, Fourny, Hazée et Prévot), révélée mercredi matin par nos confrères de "Sudpresse", a, avant-tout, surpris les principaux intéressés qui n’en étaient pas encore informés. 

Le cabinet Masset et Linklaters, qui défend Nethys, leur reproche de ne pas avoir respecté durant les auditions et en marge de le celles-ci, les droits de la défense. Il vise notamment des atteintes à l’honneur, le non-respect de la présomption d’innocence, la partialité, des auditions exclusivement à charge ou encore des fuites dans la presse.

Des assignations qui ne semblent pas vraiment émouvoir les députés concernés. Ils estiment que par ce genre d’action, Nethys continue à se décrédibiliser. Rappelons que ces assignations font suite à plusieurs courriers envoyés par les avocats à la commission d’enquête. Les avocats de Nethys lui demandant, notamment, de pouvoir lire le rapport intermédiaire avant publication. "Ils ne veulent manifestement pas que nous poursuivions notre travail mais nous n’avons aucun compte à leur rendre", explique la présidente de la Commission, Olga Zrihen (PS). Son collègue Patrick Prévot (PS) qui, exaspéré par l’attitude d’André Gilles en commission, l’avait pris à partie de manière virulente, va dans le même sens. Jean-Luc Crucke (MR) rend coup pour coup : "Un parlementaire a le droit d’avoir des opinions. C’est pour ça aussi qu’il est parlementaire. Ces messieurs de Nethys ne sont, manifestement, pas habitués à la transparence. Ces gens se croient encore intouchables. En plus, je rappelle qu’ils financent les différents actes posés par leurs avocats avec de l’argent public".

Un double jeu des socialistes et libéraux liégeois

Stéphane Hazée (Ecolo) en appelle à la Constitution (voir par ailleurs) et considère qu’avec cette commission d’enquête, "le Parlement accomplit une mission au nom de la population et compte bien la poursuivre". Mais il dénonce aussi un double jeu de la part de certains partis : "C’est sans doute le plus dingue finalement dans cette histoire. Pourquoi, alors qu’il était possible, lors du récent conseil d’administration d e Publifin, d’enclencher le processus nécessaire afin de faire changer la composition du conseil d’administration de Nethys, le PS liégeois ne l’a pas fait tout de suite ?". Pour Stéphane Hazée, tout cela permet à Nethys de gagner du temps par rapport à la commission. "Cela leur permet aussi de mener ce genre d’action en justice."

On rappellera également que le MR a, à Liège une position tout aussi ambiguë dans ce dossier. Alors que les administrateurs MR avaient tendance, avant la réunion du conseil d’administration de Publifin, à soutenir la thèse d’un processus rapide, les libéraux liégeois ont finalement préféré aller dans le sens du PS. Allez comprendre…



Triste bras de fer

Un commentaire de Jean-Claude Matgen.

Certes, toute personne mise en cause par la justice ou par une commission parlementaire d’enquête doit pouvoir exiger que les droits de la défense soient respectés, qu’on ne la jette pas impunément en pâture à l’opinion et que les grands principes de droit ne soient pas mis à mal par certains comportements ou déclarations de ceux et celles qui traitent son dossier.

Il n’empêche. Ces derniers mois, il semble que nombre d’acteurs influents des mondes politique ou économique (on pense à MM. Fillon, Trump, Chodiev, Kubla ou Moreau) dont les agissements posent problème hésitent de moins en moins, sous couvert de défendre leur honneur, à sortir, avec l’aide de leurs avocats, la grosse artillerie pour intimider ceux (médias, justice, parlementaires) qui s’intéressent à leur cas d’un peu trop près à leurs yeux. Mises en demeure, plaintes, critiques publiques souvent outrancières se sont mises à pleuvoir. Cette technique, réservée à des gens qui ont les moyens de se faire entendre, ne doit surtout pas impressionner ou faire reculer ceux dont la mission est de faire connaître la vérité, toute la vérité.