Même en période de tensions politiques hors norme, certaines civilités ne se perdent pas. Les grands partis restent capables de transgresser le clivage majorité-opposition pour soutenir d’un commun accord des nominations stratégiques.

Le fait s’est vérifié ce jeudi 26 mai. A la Chambre, les députés devaient élire quatre membres du Comité P, l’organe de contrôle des services de police.

Côté néerlandophone, huit candidats se disputaient deux places. Herman Daens (109 voix) et Jack Vissers (99 voix) l’ont emporté haut la main. Le mieux placé des six autres candidats n’a obtenu que neuf voix.

Avec 118 voix, le francophone Guy Cumps a été confirmé comme vice-président du Comité P. Restait une place à attribuer. Elle est revenue à Antonio Caci (109 voix). Son unique rival, Thibaut Vandamme, substitut du procureur du Roi du Luxembourg, n’a pas recueilli la moindre voix.

Si le vote s’est déroulé à bulletins secrets, des consignes claires avaient été données par les états-majors des partis. Manifestement, les quatre partis de la majorité (N-VA, MR, CD&V, Open VLD) et deux partis d’opposition (PS et SP.A) s’étaient au préalable mis d’accord pour soutenir les mêmes candidats.

Transfuge

Les quatre élus présentent tous, à des degrés divers, un profil politique. Guy Cumps est décrit comme libéral. Herman Daens, ancien procureur du Roi d’Audenarde, est étiqueté Open VLD. Jack Vissers est un policier réputé proche de la N-VA. Il a été chef de corps adjoint de Brasschaat, le fief du ministre Jan Jambon.

Mais le profil le plus politique est sans conteste Antonio Caci. Licencié en droit de l’UCL, il provient en ligne directe de l’Institut Emile Vandervelde, le centre d’étude du PS, où il suit les matières liées à la sécurité, à l’intérieur et à la défense. Il a aussi été conseiller du groupe PS à la Chambre, de 2005 à 2009, et a présidé le comité stratégique de l’Agence fédérale de contrôle nucléaire.

Jusqu’en 2004, Antonio Caci était membre d’Ecolo, Conseiller communal à La Louvière pendant dix ans, il a également été secrétaire politique du parti au Parlement wallon.

Sensible

Cette absence d’expérience dans la magistrature ou la police fait grincer quelques dents. "Les deux Flamands élus, ce sont de grands gabarits, des gens de terrain avec une importante expertise, pas des purs politiques", entend-on.

Depuis les attentats du 13 novembre à Paris et du 22 mars à Bruxelles, le travail du Comité P a pris un tour très sensible. Son rapport intermédiaire relatif à l’enquête sur la tuerie de Paris contenait de sévères critiques envers la police. Dévoilé par la presse en avril dernier, il avait été jugé "trop à charge" tant par Laurette Onkelinx (PS) que par Denis Ducarme (MR).

Le comité, dans sa nouvelle composition, saura-t-il se montrer indépendant du pouvoir politique ? Certains interprètent le vote récent comme le résultat d’un "deal" PS-MR. Des insinuations jugées farfelues dans le camp socialiste. "Tous les candidats ont fait l’objet d’auditions fouillées par les députés qui siègent à la commission de suivi des Comités P et R, rappelle-t-on. Il n’y a eu aucun deal. Que pouvait-on dealer avec les Flamands ? De plus, l’appel à candidature n’était pas secret. Les autres partis étaient libres de présenter un candidat."

Un député flamand de l’opposition pointe ce qui constitue à ses yeux le vrai problème : "Ce sont des nominations purement politiques. On remplace un PS par un PS, on jette le SP.A et on introduit la N-VA. Cela ne signifie pas que les membres élus ne sont pas des gens de valeur, mais sur le principe, ce n’est vraiment pas l’idéal."