La chasse à l'homme se poursuit dans le Limbourg. Si les forces de l'ordre craignent à présent que Jurgen Conings prenne la fuite vers les Pays-Bas, les militaires quadrillent scrupuleusement la zone où le fugitif a été aperçu dernièrement. À la chambre, les députés ont fait part de leur stupéfaction et de leurs craintes au Premier ministre et à la ministre de la Défense.

"Le Limbourg est confronté à une menace, des parents gardent leurs enfants, la peur règne dans le Limbourg. Dans le même temps, cette affaire porte atteinte à l'image des militaires", a regretté Steven Matheï (CD&V). "Il est légitime de se poser des questions quant au fait que ce militaire ait eu accès à des armes lourdes, c'est comme si on avait demandé à un pyromane de garder un bidon d'essence."

"N'estimez-vous pas qu'il existe un réel problème dans les échanges d'informations entre la Sûreté de l'Etat et les services militaires ?", a surenchéri François De Smet (DéFi) s'adressant au Premier ministre. La cheffe de groupe CDH à la Chambre, Catherine Fonck, a également annoncé avoir de "très nombreuses questions" quant à cette cavale. "La situation était connue puisque le pedigree dangereux de cet individu était bien connu des services de renseignement et de la Défense", s'est-elle étonnée "(...) De quelles informations disposiez-vous Madame la ministre ? Quelles mesures ont été prises auprès de jeunes recrues puisqu'il a notamment été en charge des exercices de tir. Qu'attendez-vous d'une enquête interne hormis qu'elle n'enfonce des portes ouvertes ? Il faut passer aux actes !"

"C'est très interpellant"

Le député écologiste Guillaume Defossé a également souligné à quel point la situation était critique. "C'est très interpellant de savoir qu'il avait assez d'armes pour organiser une petite guérilla", a-t-il rappelé. "Comment est-ce possible qu'il n'ait pas été mis à l'écart alors qu'une plainte avait déjà été déposée à son égard ?" 

De son côté, Jean-Marie Dedecker a lancé froidement: "Dois-je en rire ou pleurer ?" Le député indépendant a exposé ce qu'il a estimé être une situation impensable. "Nous sommes face à un militaire tellement entraîné que l'armée n'arrive pas à le retrouver", a alerté Jean-Marie Dedecker.

De Croo juge la situation "inacceptable"

Après les nombreuses critiques émises dans l'hémicycle, le Premier ministre a tenu à mettre plusieurs choses au clair. "L'enquête est aujourd'hui entre les mains du procureur fédéral", a détaillé Alexander De Croo (Open Vld). "L'OCAM a analysé la situation et a décidé de passer en niveau 4. (...) Les contrôles internes à la Défense doivent être durcis. Il est inacceptable qu'une personne considérée comme potentiellement dangereuse ait accès à de telles armes. C'est inacceptable ! Nous nous attendons à ce que la Défense puisse prendre acte le plus rapidement possible. (...) Nous nous rendons compte que la menace provenant de l'extrême droite est de plus en plus présente dans notre pays. Mais il n'y a pas de place pour les discours haineux dans notre société, qu'il s'agisse de virologues, de scientifiques, d'adversaires politiques... C'est quelque chose que la société ne peut accepter." Le Premier ministre a terminé son intervention en estimant que "nous ne devions pas nous laisser diviser par ce genre de situation".

La ministre de la Défense, Ludivine Dedonder (PS), est ensuite revenue sur le parcours de Jurgen Conings, dont nous vous faisions part ce mercredi 19 mai. "L'individu était suivi, une enquête était en cours et des mesures avaient été prises. Mais force est de constater que ça n'a pas suffi. Il n'est pas acceptable que ce type d'individu ait accès à des armes. Dès que les comportement inappropriés sont apparus, il aurait dû être mis en retrait. (...) Je suis résolue à agir fermement face à ces militaires qui sont injurieux, sexistes ou racistes. Il n'y a pas de place à la Défense pour des extrémistes. A court terme, des mesures strictes seront prises, pouvant aller jusqu'à des suspensions.(...) Plusieurs enquêtes internes sont en cours par rapport à ce qu'il s'est passé ces derniers jours afin de percevoir les lacunes qui ont conduit à cette situation et les résoudre le plus rapidement possible."