Dès l'annonce de l'accord scellé entre la N-VA et le CD&V au nord du pays, LaLibre.be a contacté le politologue Pascal Delwit (ULB) pour analyser une situation qui semble de plus en plus compliquée en vue de la formation du gouvernement fédéral. Entretien.


Cette coalition vous surprend-elle ?

Progressivement, depuis le soir des élections, on a senti que l'idée de constituer des tripartites partout rencontrait moins d'aval au nord du pays, notamment dans le chef du CD&V. Et ce, au profit d'un gouvernement des droites. Le CD&V ayant échoué à convaincre Benoit Lutgen à tenter de bâtir un gouvernement des droites à tous les niveaux, Kris Peeters était obligé de se découvrir et d'aller de l'avant dans ce qui était, dans les faits, déjà largement négocié avec la N-VA à la Région flamande.

Quelles sont les influences que cet accord flamand peut avoir sur le niveau fédéral ?

Il faudra donner plus de temps au temps pour construire le gouvernement fédéral. Le contexte politique sera plus complexe. Non pas par rapport à des considérations d'ordre communautaire comme en 2010, mais cette fois d'ordre politique. Mais les deux scénarios considérés comme les plus plausibles le 26 mai restent les plus plausibles : soit un gouvernement des droites soit une tripartite traditionnelle. La difficulté c'est que les majorités dans les entités fédérées sont maintenant en voie d'avancer. Et puis, il y a des tensions interpersonnelles et entre partis. Il faudra donc du temps pour que chacun avance l'un vers l'autre.

La mission royale de Bart De Wever peut-elle évoluer maintenant que les entités fédérées ont scellé des accords ?

Dans une certaine mesure, les choses sont clarifiées pour partie. La question maintenant : le choix opéré par le cdH aux niveaux wallon, bruxellois et de la Fédération Wallonie-Bruxelles le lie-t-il au point de ne pas pouvoir entrer dans un gouvernement des droites ? Il n'y a pas de réponse claire pour l'instant à ma connaissance. Si ce choix ne lie pas le cdH de manière rédhibitoire, Bart De Wever peut toujours aller de l'avant pour tenter de construire une dynamique de droite. Bart De Wever pourrait donc remettre mardi un rapport suggérant l'idée d'aller vers un gouvernement des droites. Le souverain devra voir si la proposition tient la route et alors soit le prolonger soit nommer un nouvel informateur voire un formateur. Dans ce cas, on se retournerait plutôt vers le CD&V ou le MR.

Quoi qu'il arrive, le MR et l'Open VLD vont entrer dans la coalition fédérale ?

Je crois très peu probable qu'un gouvernement associant le PS et la N-VA voie le jour. Ce serait trop difficile à défendre devant leurs électorats respectifs. Dès lors, si on regarde les données électorales, on ne voit pas beaucoup de possibilités de constituer un gouvernement fédéral sans la famille libérale. C'est même encore plus difficile de voir un gouvernement sans le MR que sans l'Open VLD.



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