Note : ce mercredi matin, en réaction aux arguments de Philippe De Backer, Sciensano a annoncé une modification de sa méthode de comptage des testings afin de se rapprocher de celle du ministre. 

Lorsqu’il est désigné comme responsable du matériel médical de lutte contre le Covid-19, le 22 mars, Philippe De Backer (Open VLD) fixe un objectif clair : passer rapidement de 2 000 à 10 000 tests de dépistage quotidiens. L’affaire est prioritaire et doit se régler en quelques jours. Le ministre annonce d’ailleurs lui-même dans les médias que le cap devrait être atteint "avant la fin du mois" de mars et que l’on pourra ensuite envisager d’aller vers 20 000 tests de dépistage quotidiens, si nécessaire.

Mais les jours défilent, les tests ne suivent pas et la stratégie mise en place pose manifestement problème. La semaine dernière, soit un mois après la première déclaration du ministre, il semblerait toutefois que 10 000 tests quotidiens aient enfin pu être réalisés "avec une pointe à 13 275 analyses le jeudi 23 avril, puis 15 000 par jour durant le week-end" . Parfait... à un détail près : les chiffres officiels publiés par Sciensano contredisent le ministre, et font état d’un "record" de 9 284 tests le vendredi 24.

Deux méthodes de comptage

Qui croire ? "Moi", nous répond prestement Philippe De Backer, mardi soir. "Les chiffres de Sciensano ne tiennent pas compte des doubles tests - les personnes testées pour la deuxième fois - et des tests qui sont effectués en dehors des critères fixés par le Risk Management Group. Les deux sont corrects mais se basent sur des critères différents. Moi je compte tous les tests effectivement réalisés." Bon, admettons, mais cela soulève une autre question : si nous sommes à 15 000 tests quotidiens, comment atteindre les 25 000 tests par jour évoqués à partir du 4 mai ? "Attention, là il faut distinguer les tests effectivement réalisés et notre capacité de testing. Ici, on parle de la capacité. Pour l’instant, seules les personnes qui ont des symptômes Covid et qui sont hospitalisées peuvent être testées. Dès lundi, on va élargir les critères aux personnes qui ont des symptômes grippaux, qui peuvent aller se faire tester chez leur médecin généraliste, et les personnes avec lesquelles elles sont entrées en contact. On a donc besoin d’une capacité plus importante. Si demain on arrive avec 25 000 échantillons dans les labos, ils peuvent être testés et on peut augmenter jusqu’à 40 000. Mais j’espère que nous n’en aurons pas besoin, parce que ça voudrait dire que nous faisons face à une deuxième vague."

Déconnexion entre le politique et le terrain

La communication sur le sujet paraît pour le moins chaotique et ce n’est pas la première fois que le manque flagrant de coordination et de communication entre les autorités et les acteurs de terrain est visible. Dans une lettre ouverte publiée dans la presse, mardi, l’unité Covid-19 du Laboratoire hospitalier universitaire de Bruxelles (LHUB) déplore "un manque total de considération et de transparence" du gouvernement vis-à-vis des laboratoires agréés. Contactés fin mars par Philippe De Backer, les laboratoires privés, hospitaliers et universitaires lui ont indiqué qu’une dizaine d’entre eux avait développé, de leur propre initiative, la capacité d’analyser deux mille tests. Capacité logiquement jugée insuffisante par le ministre, qui a, alors, privilégié son plan B et s’est tourné vers les laboratoires pharmaceutiques.

"Mais depuis, Philippe De Backer n’est plus jamais revenu vers nous", regrette Frederic Cotton, chef du service de chimie médicale du LHUB. "Or, cinquante-six laboratoires privés ont désormais développé une capacité de testing. Nous y sommes officiellement autorisés depuis le 3 avril mais, comme nous ne faisons pas partie de la stratégie des autorités, nous ne réalisons actuellement que 5 000 des 14 000 analyses que nous pourrions effectuer. Nous avons une expérience mais on ne nous écoute pas." Pour Philippe De Backer, "ce n’est pas correct. Une partie de cette capacité ne pourra pas être utilisée pour le Covid mais d’autres analyses. Et d’un autre côté, je me réjouis : si les labos cliniques ont effectivement de la capacité, elle va être utilisée."