Puisque le MR de la Ville de Bruxelles reste silencieux face aux critiques à l'égard du piétonnier, la réponse (cinglante) est venue d'un autre niveau de pouvoir du côté libéral. Boris Dilliès, vice-président du MR régional bruxellois et député régional, a fustigé le projet "mégalo" et "repoussoir" d'Yvan Mayeur.


CDH: "Je n'ai jamais vu ça !"

Hamza Fassi-Fihri, conseiller communal d'opposition et Vice-président du CDH, estime que cette sortie est "étonnante et détonante". Selon lui, Boris Dilliès acte "publiquement un triple constat d'échec".

Tout d'abord, il pointe "l'échec" d'Alain Courtois comme chef de file du MR à la Ville de Bruxelles. "Le désaveu est complet, terrible, car Dilliès signifie que Courtois n'est pas à la hauteur. Je n'ai jamais vu ça ! Un des chefs de file du MR régional dézingue le chef de file du MR à la ville. Or, Courtois est supposé être un homme fort du MR. Il ne parvient même pas à régler ses problèmes de majorité avec le bourgmestre. Il faut également rappeler qu'il est englué dans la gestion du stade national".

Ensuite, l'humaniste estime que "en filigrane de l'interview, on perçoit l'échec de la majorité". Selon Hamza Fassi-Fihri, "Alain Courtois et l'échevine du Commerce Marion Lemesre (MR) doivent à un moment imposer un rapport de force pour changer le piétonnier. S'ils n'y parviennent pas, cela veut dire que la majorité ne marche pas. Au-delà de Courtois, c'est la majorité qui ne tourne plus rond. Mayeur a-t-il encore confiance en son partenaire ?", s'interroge-t-il.

Le troisième constat de Fassi-Fihri est relatif à "la stratégie du piétonnier". "Dès août 2015, nous avions alerté la majorité sur les inquiétudes des commerçants mais ils nous ont jeté notre enquête à la figure. Ensuite, une enquête de l'agence régionale du Commerce a dressé les mêmes constats... mais rien n'a changé. Nous nous sommes demandé si c'était de l’aveuglement, de l'incompétence... ou autre chose ! Cet autre chose, c'est ce que j'ai appelé en Conseil communal "la stratégie du pourrissement". Ils laissent pourrir tous les commerces le long du piétonnier. Le Collège voudrait que les vendeurs, de pittas notamment, disparaissent dans le futur. Vu que le prix de l'immobilier commercial baisse à cause du piétonnier, cela va donner de l'appétit à de grands promoteurs immobiliers qui vont venir avec de grands enseignes commerciales. C'est hyper cynique, on ne laisse pas crever des gens avec des employés sans leur tendre la main. Mais même cette stratégie ne marche pas ! Les attentats, le lockdown, les tunnels fermés font que plus personne ne va pas dans le centre. Résultat : même les grands compagnies immobilières ne sont pas prêtes à investir tant qu'elles n'ont pas de garanties sur le futur. Or, la ville ne donne pas de garantie ! Aucune mesure n'est prise !", regrette Hamza Fassi-Fihri.


Défi: "Aux abois, le MR bruxellois doit en tirer les conséquences"

"Le MR bruxellois est aux abois et tente de se défausser de sa responsabilité dans le dossier du piétonnier". Fabian Maingain, chef de file DéFI à la Ville de Bruxelles n'a évidemment pas non plus manqué une ligne de la sortie de Boris Dilliès, dans La Libre, au sujet du piétonnier bruxellois.

"Monsieur Dilliès semble pourtant oublier que la frange libérale de la majorité a dans ses compétences tant le plan de mobilité que la politique commerciale, assène Fabian Maingain. Or, la gestion chaotique et sourde du dossier a compromis tout projet cohérent de mobilité et de soutien favorable aux commerces, et a entraîné le piétonnier dans une spirale négative entraînant son rejet par une majorité de Bruxellois." DéFI pointe l'inaction de l'échevine du Commerce Marion Lemesre au sein du collège échevinal.

"Le MR ne peut tenir un double discours, conclut-il. Si le MR de la ville de Bruxelles converge avec l'analyse de monsieur Dilliès, il doit acter la rupture de confiance avec le Bourgmestre et le non-respect de l’accord de majorité et doit en tirer les conséquences et quitter l'attelage communal pour permettre l'émergence d'un projet plus au service de l'intérêt des Bruxellois et de ses commerçants !"


CD&V : "Ne pas fuir les tabous"

Pour Bianca Debaets, "des ajustements au niveau du piétonnier ne peuvent plus être considérés comme un tabou. Le tissu économique menace d'être détruit si rien n’est entrepris rapidement". La conseillère communale CD&V appelle Yvan Mayeur à "s’asseoir à table avec les commerçants et à ne pas fuir les tabous".

"L'idée d'avoir un piétonnier au centre-ville n’est pas du tout à remettre en cause. Mais la mise en exécution lamentable du projet contraste fortement avec l’enthousiasme qu’il a suscité au début au sein de la population. Le piétonnier est sale, sans inspiration et sans attrait. La menace terroriste et les attentats ont aggravé la situation. Les touristes, les visiteurs restent loin. Les commerces autrefois florissants du centre ville voient leur chiffre d’affaires diminuer drastiquement et ce d’une manière qui semble irréversible. La faillite menace de nombreux petits indépendants", déclare celle qui est aussi secrétaire d’État bruxelloise.

Bianca Debaets propose de "repenser en profondeur le piétonnier, ensemble avec les commerçants. Cela ne peut tout de même pas être un objectif de voir fleurir partout des panneaux 'à remettre' (...) La barre doit être placée beaucoup plus haut. Le centre de la capitale européenne doit rugir comme ceux Mitte Berlin et du Marais à Paris remplis d’effervescence. C’était l'ambition d’Yvan Mayeur. Il est arrivé aujourd’hui à l’extrême opposé. Les commerçant perdent littéralement patience avec leur propre bourgmestre. Et de manière de plus en plus évidente, son partenaire, le MR, commence à en avoir assez".

Elle conclut de la sorte : "De son côté, la Région bruxelloise prend ses responsabilités et vient de lancer un plan visant à sensibiliser à l'accessibilité du centre. La Ville ne peut pas et ne doit pas rester à la traîne. Sinon, l’histoire classera cette période difficile comme la catastrophe que tout le monde a vu venir mais que personne n’est parvenue à contrer avec des mesures adéquates."


Ecolo : "Querelle de bac à sable"

Pour Marie Nagy (Ecolo), même si des erreurs ont été commises, cette "querelle de bac à sable" constitue "un aveu d'impuissance" du MR. Elle est totalement "inopportune" dans la situation d'incertitude économique à laquelle Bruxelles et ses commerces doivent faire face. Il y a des ajustements à faire, mais il ne peut être question de remettre en question l'existence d'un espace dédicacé aux piétons et aux cyclistes au centre de la capitale, à une époque où nombre d'autres grandes villes ont adopté avec succès ce type de zone, a-telle dit.


Alain Courtois réagit aux critiques de l'opposition

“Chacun a le droit de s’exprimer, réplique Alain Courtois, invité à commenter les déclarations de Boris Dilliès. Certes c’est plus facile lorsqu’on évolue au sein d’une majorité absolue (une référence à la majorité à Uccle, NDLR) mais je ne ferai pas d’autre commentaire. Je n’attaque jamais l’homme, ce n’est pas mon genre”. “Le piétonnier est dans l’accord de majorité que j’ai signé au nom du MR. Point à la ligne”, recadre encore l’échevin libéral.

Était-il question d’un piétonnier d’une telle ampleur? “Dans l’accord, c’est un piétonnier”, tranche-t-il alors que la Ville analyse des pistes pour améliorer l’accessibilité des commerces dans le centre. “Nous avons un accord avec notre partenaire et nous serons loyaux, comme le MR l’a toujours été”, assure Courtois. “Le MR de Bruxelles n’est le vassal de personne pour autant”


N-VA: "Que font les libéraux de l'OpenVLD de Gand?"

Suite à la publication de notre entretien exclusif, le président de la Chambre, Siegfried Bracke, se demande sur Twitter où se trouvent les courageux membres de l'OpenVLD de Gand... Dans cette ville flamande, les commerces du piétonnier souffrent également.