Le Conseil d'Etat a rejeté vendredi le recours de la société belge "I'LL BE BAG", qui visait à annuler l'attribution par la Défense du marché public de fourniture de masques en tissu pour la population à la Luxembourgoise Avrox (15 millions de masques) et à la Gantoise Tweeds & Cottons (3 millions). 

La société avait elle aussi proposé ses services et n'avait pas été retenue. "I'll be bag", S.A. basée à Zaventem, reprochait à la Défense de ne pas avoir réellement vérifié si les engagements pris par les sociétés choisies quant au volume et au schéma de livraison étaient réalistes. "I'll be bag" critiquait aussi le rejet de sa propre offre, estimant entre autres que certaines exigences (notamment celle de présenter une déclaration d'une précédente commande d'au moins 250.000 masques) avaient été transmises trop tardivement par la Défense, les rendant irréalisables dans son cas. La société estime globalement que les différentes entreprises entrant en compte au dernier stade de la sélection ont été traitées différemment au regard de certains critères, entre autres celui d'avoir déjà honoré une commande importante. Concrètement, I'll be bag considère qu'une des sociétés retenues a, de manière non valable, mis en avant des commandes précédentes honorées via des sous-traitants.

Le Conseil d'État a rejeté la validité des arguments avancés par la société, validant également la décision des autorités fédérales de passer par une procédure négociée et non par un marché public classique avec publication préalable. Il y avait bien urgence, ce qui justifiait de passer par une procédure plus rapide, estime en substance le Conseil d'Etat.

"I'll be bag", qui avait aussi soulevé l'argument de la température de lavage "recommandée", à 30° pour Avrox alors qu'on parle partout de 60°, n'a pas là non plus été suivie. En effet, même si la notice du masque Avrox recommande un lavage à la main à 30°, on ne peut pas exclure la "possibilité de lavages à une température de 60°", ce que des tests évoqués par la société luxembourgeoise semblent valider, pointe le Conseil d'Etat.

Avrox, qui a été sous le feu des critiques depuis sa sélection, n'a pas tardé à réagir vendredi. "Avrox a toujours assumé tous ses engagements et se réjouit de cette prise de position très claire du Conseil d'Etat", indique la société par communiqué.

Jusque là inconnue, Avrox a fait la Une des journaux ces dernières semaines pour le profil singulier de ses dirigeants (entre autres un jeune héritier jordanien), son statut de société "boîte aux lettres" au Grand-Duché, les retards de quelques jours de ses livraisons à la Belgique, un label erroné affiché sur la notice et finalement ses recommandations de lavage inattendues. Malgré les polémiques à répétition, la société a finalement fourni les 15 millions de masques commandés, et son choix a été soutenu de manière continue par le ministre de la Défense Philippe Goffin.