Les parlements font la part belle aux professionnels de la politique. Près de deux tiers des députés néerlandophones (65,2 %) "exerçaient […] déjà un mandat parlementaire ou ministériel" à la veille des élections fédérales et régionales du 25 mai 2014, apprend-on dans la dernière étude du Crisp (Centre de recherche et d’information socio-politiques) sur "Le profil des parlementaires néerlandophones en 2015" (Courrier hebdomadaire n°2343 - 2017). "Cette proportion est même légèrement supérieure à celle observée en Belgique francophone (63 %)", constate le chercheur Jef Smulders, de la KU Leuven.

Après avoir publié en 2016 une première étude sur "Le profil des parlementaires francophones en 2015" (Courrier hebdomadaire n°2303 - 2016), le Crisp s’est penché sur les élus néerlandophones des différents parlements du pays. Ces deux travaux permettent de dégager certaines constantes dans le profil sociologique des députés belges. Parmi lesquelles la grande proportion d’élus provenant du sérail politique.

Une endogamie patente

"L’endogamie relative du milieu demeure patente", écrivaient l’an dernier trois chercheurs de l’UNamur, Martine Paret, Elise Rousseau et Paul Wynants. "Un quart des élus (25,5 %) a acquis une première expérience en qualité d’employé politique (conseiller dans un parti politique, par exemple, NdlR), avant son entrée dans une assemblée, et plus des six dixièmes (63 %) sont, dès avant les scrutins du 25 mai 2014, des professionnels de la politique (des députés ou ministres sortants, NdlR)."

En outre, "à la veille [des] élections [de 2014], ils sont 85 % à exercer un mandat communal et 24,3 % à occuper un mayorat. L’engagement politique local demeure donc un des principaux marchepieds pour l’entrée dans la carrière parlementaire."

Constat similaire en Flandre. A l’image des francophones, "un quart des parlementaires néerlandophones (24,9 %) avaient déjà fait carrière au sein d’un parti politique avant de décrocher un premier mandat en tant que parlementaire ou ministre, pointe Jef Smulders. Par ailleurs, pas moins de trois parlementaires néerlandophones sur quatre exerçaient […] un mandat local (77,3 %)."

"Pour être élu comme parlementaire, une expérience antérieure en politique et un ancrage local constituent des atouts plus que précieux", conclut M. Smulders.

De manière générale, les deux études du Crisp montrent que les parlementaires belges constituent un groupe assez élitaire. Outre leur tendance à provenir du sérail politique, cela se traduit, entre autres, par leur niveau de formation (neuf sur dix ont une formation de l’enseignement supérieur). Mais "ce profil élitaire [c’est-à-dire] le manque d’adéquation sociologique des parlementaires avec le peuple […] constitue-t-il un problème ?", se demande le professeur de la KU Leuven.

Démocratie participative

Sans répondre à la question, il établit une distinction entre dimension descriptive et dimension substantielle de la représentation parlementaire. La première, c’est la représentativité objective, sociologique (âge, sexe, formation, etc.). La seconde, c’est la capacité des élus à agir selon les besoins et les attentes de leurs électeurs. "Souvent, l’hypothèse sous-jacente est qu’une représentation descriptive implique aussi une représentation substantielle , termine Jef Smulders. D ès lors, il est estimé que le profil des parlementaires devrait davantage être en phase avec celui des citoyens voire que des alternatives devraient être trouvées à la démocratie représentative actuelle […] : panels de citoyens, tirage au sort, etc."