La déclaration de politique régionale que le PS, le MR et Ecolo ont présentée lundi à Namur après près de deux mois de négociations très discrètes, fixe à la Wallonie trois objectifs majeurs: la réduction de 55% des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030, une amélioration du taux d'emploi de 5% à l'horizon 2025 et une réduction "drastique" du taux de pauvreté. Le tout est soutenu par un plan d'investissements de 4 milliards d'euros qui servira à financer divers efforts d'infrastructures, de mobilité, d'énergies renouvelables et de soutien à l'innovation.

En matière environnementale, la Wallonie entend ainsi s'inscrire dans les exigences européennes qui prévoient une réduction des émissions de CO2 de 55% d'ici 2030. "On se remet sur le chemin des objectifs climatiques de Paris, sans attendre que les autres Régions adoptent les 55%", a commenté M. Nollet.

L'accord prévoit aussi la plantation de 4.000 km de haies et la création de 1.000 hectares de nouvelles réserves naturelles par an, ainsi qu'une série d'investissements pour la mobilité "collective et douce", notamment pour assurer la gratuité des TEC pour les jeunes de moins de 26 ans et les aînés ou encore la création d'"autoroutes pour vélos".

Plusieurs alliances "emploi-environnement" seront conclues en matière d'isolation des bâtiments, d'énergies renouvelables, d'agriculture et d'alimentation.

Le tarif "prosumer", que les détenteurs de panneaux photovoltaïques devaient payer à partir du 1er janvier 2020, sera reporté de cinq ans. Un soulagement pour le MR qui s'était engagé à prendre une mesure forte pour ces petits propriétaires.. Mais la Cwape, le régulateur wallon de l'énergie, va-t-il s'opposer à cette décision du nouveau gouvernement wallon? La décision n'est pas encore prise, nous annonce le président de la Cwape.

Les aéroports wallons devront se préoccuper davantage d'environnement, pour aller vers le "zéro carbone" au niveau de leur infrastructure à l'horizon 2030. Et intégrer davantage le bien-être des riverains dans leur développement.

Point noir en Wallonie, l'emploi fera l'objet d'une série d'initiatives pour porter le taux d'emploi de la Région de 63,7% aujourd'hui à 68,7% d'ici 5 ans.

La formation en alternance sera réformée, de même que les missions du Forem, et les formations aux métiers en pénurie ou de secteurs à haute croissance seront mieux soutenues.

En matière de lutte contre la pauvreté, la future majorité promet la mise à disposition de 12.000 logements sociaux supplémentaires. Un plan de rénovation de 55.000 logements sera aussi activé avec 2030 pour horizon. Parallèlement, le gouvernement adoptera une allocation loyer pour les ménages disposant de revenus précaires et inscrits sur la liste d'attente d'un logement social.

Dans un souci de simplification des structures, les zones de secours, qui relèvent aujourd'hui des pouvoirs locaux, seront à l'avenir gérées par les provinces. La suppression de ce niveau de pouvoir, voulue par Ecolo mais combattue par le PS, n'est donc pas à l'ordre du jour.

Pas de changement spectaculaire dans la politique wallonne des licences d'armes: la commission d'avis sera revue et son fonctionnement plus minutieux, mais le gouvernement continuera de soutenir la diversification de cette industrie porteuse d'emplois, tout en plaidant au niveau européen pour l'arrêt des ventes d'armes aux pays violant les droits humains.

Pour les traités commerciaux internationaux (on pense au CETA ou au Mercosur), l'arc-en-ciel a conditionné son feu vert à une longue liste d'exigences sanitaires, environnementales et sociales, ainsi qu'à l'absence d'un tribunal d'arbitrage privé, rendant très hypothétique toute ratification.

En matière de gouvernance, outre la poursuite des efforts engagés, la coalition se donne six mois pour que les recommandations de la commission d'enquête "Publifin" (Enodia-Nethys) soient mises en oeuvre. Sans quoi le gouvernement enverra un commissaire spécial pour se substituer aux instances du groupe.

Noeud d'un conflit récurrent entre la gauche et la droite, la politique des aides à la promotion de l'emploi (APE) sera bien réformée mais elle maintiendra le volume de l'emploi et les moyens financiers actuels, ont convenu les partenaires.

Un mécanisme d'alerte de prévention des conflits sociaux sera institué, composé de représentants de la Région, des syndicats et des patrons pour intervenir "avant qu'une situation s'envenime".

Cadeau fiscal pour les propriétaires occupants, le gouvernement introduira une réduction fiscale forfaitaire (100 euros selon M. Borsus) sur le précompte immobilier pour l'habitation. Il augmentera également l'abattement fiscal sur les droits d'enregistrement pour l'habitation propre et unique.

Les coalisés l'ont promis lundi: toutes ces mesures ne seront pas financées par quelque impôt nouveau. Toutefois, le budget repartira dans le rouge. La Région wallonne entend revenir à l'équilibre en 2024.

Quant à la Fédération Wallonie-Bruxelles, PS, Ecolo et MR ont convenu de poursuivre le Pacte d'excellence, lequel sera toutefois soumis à une "simplification administrative" et à un "monitoring budgétaire", a souligné M. Di Rupo.

Sujet ô combien passionné, le décrié décret Inscriptions sera "abrogé" et remplacé par un nouveau texte qui tiendra compte du libre choix des parents pour le projet pédagogique de l'école. L'attribution des places sur base des critères géographiques appliqués aujourd'hui est donc appelée à disparaître. Aucune échéance n'a toutefois été précisée pour l'entrée en vigueur.

Face à la pénurie de profs dans l'enseignement obligatoire, le décret Titres et Fonctions sera "révisé", et les enseignants seront fiscalement encouragés à prester des heures supplémentaires.

Enfin, l'enseignement supérieur sera refinancé à hauteur de cinquante millions d'euros, une demande forte de secteur confronté à une hausse de la population étudiante ces dernières années.

Elio Di Rupo, que d'aucuns citent à la présidence du gouvernement wallon, n'a pas voulu laisser voir dans ses cartes. Tout juste a-t-il confirmé à mi-mots que le PS, premier parti dans les deux entités fédérées, devrait retrouver les présidences des deux gouvernements.

Le casting est attendu pour vendredi, après que les instances des trois partis auront confirmé leur volonté dans des congrès de participation plus ou moins synchronisés, jeudi. Ce qui devrait permettre au nouveau ministre-président wallon de tenir le discours des Fêtes de Wallonie, samedi.


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