Pour Sophie Wilmès, il est clair que le "président Trump n'était pas friand du multilatéralisme", mais elle reste prudente à quelques heures de l'entrée en fonction de Joe Biden: "On attend à la fois, beaucoup et pas grand chose. On attend surtout du changement dans l'approche, c'est à dire qu'on espère une approche plus axée sur la coopération internationale. Et quand je dis pas 'grand chose', c'est parce qu'on sait que les Etats-Unis ont un agenda bien à eux et qu'ils le garderont." Pour la ministre, un changement d'attitude des Etats-Unis est donc attendu dans de nombreux dossiers internationaux où le pays est habitué à jouer un rôle majeur : l'accord de Paris, le nucléaire iranien, la Cour pénale internationale, l'Organisation Mondiale de la Santé, l'Organisation Mondiale du Commerce.

"Hier, Janet Yelen, secrétaire au Trésor aux États-Unis, a présenté la future politique commerciale, rappelle la libérale. Elle a expliqué que le point de vue des Etats-Unis envers la Chine restait exactement le même, donc assez dur. Toutefois, pour pouvoir approcher économiquement la Chine, il faut que les Etats-Unis se rapprochent et fassent cause commune avec leurs alliés, c'est-à-dire l'Europe."

Les Etats-Unis sont pour la Belgique le pays vers laquelle elle exporte le plus, en dehors des pays limitrophes. "Cela illustre l'importance de ce pays pour nous", souligne Sophie Wilmès. "Les liens entre nos pays sont historiques. Souvent la jeune génération oublie à quel point on a pu compter sur les Américains quand on était à des moments les plus difficiles de notre histoire. Ça a créé des liens affectifs et économiques très forts. C'est le pays avec lequel on a signé notre premier accord commercial. On a 30 000 Belges aux Etats-Unis, 10 000 Américains en Belgique. La Belgique est une petite économie ouverte sur le monde et on sait qu'en tant qu'acteur majeur sur la scène internationale, les Etats-Unis influencent tout le monde."

Il est donc primordial d'entretenir une relation économique courtoise avec les Etats-Unis ? "Pas seulement économique, insiste Wilmès. Egalement au niveau de la sécurité. Peu importe les présidences, les Etats-Unis ont été, sont et resteront un allié majeur pour notre pays. C'est un pays ami avec lequel nous essayons de développer nos relations quelles qu'elles soient. 

Enfin, pour Sophie Wilmès, la relation entre l'Europe et les Etats-Unis a évolué ces dernière années. "L'Europe a compris qu'elle devait s'émanciper, prendre enfin conscience de sa hauteur et de sa capacité d'action, observe la ministre. Je pense que beaucoup de dirigeants européens, avec ce qu'il s'est récemment passé aux Etats-Unis, se sont dit qu'il était temps de développer une autonomie stratégique à l'intérieur de l'Otan par exemple. Tout comme il faut s'assurer que nos chaînes d'approvisionnement ne dépendent pas toujours de l'extérieur, afin d'agir de manière autonome au niveau européen. Si on agit de manière autonome, l'Europe grandit et on est un allié plus sûr pour les Etats-Unis."