En janvier, il était la surprise du chef puisque c’est lui qui a remplacé Paul Magnette en tant que ministre fédéral en charge des Entreprises publiques, des Grandes villes et de la Coopération au développement. Depuis lors, cet ex-homme de l’ombre, qualifié de très influent, est partout, du Congo à la tribune des Nations Unies. S’il fait la une de l’actualité, c’est également en raison de ses prises de position tranchées dans plusieurs dossiers complexes tels que la réforme des structures de la SNCB ou les rémunérations des "top managers" des entreprises publiques. 

Mais cet homme qui connaît parfaitement les arcanes du PS liégeois pour avoir été proche de Guy Mathot et de Michel Daerden a plusieurs cordes à son arc et c’est ainsi qu’au printemps il faisait une sortie remarquée en réunion du comité exécutif de la "Fédé" présidée par Willy Demeyer. Proche de Jean-Claude Marcourt et de Thierry Bodson, l’ingénieur commercial de formation qu’il est n’était pas un inconnu dans les cénacles politiques, ayant notamment présidé aux destinées des Mutualités socialistes, du Forem et de la SRIW. C’est d’ailleurs au siège de cette dernière, dont il était encore récemment le président du CA, que Jean-Pascal Labille nous a fixé rendez-vous pour une rencontre exclusive. L’occasion de revenir avec lui sur sa décision de ne pas figurer sur les listes liégeoises du PS en vue des importantes échéances électorales de l’an prochain.

Votre décision de ne pas vous présenter aux élections en 2014 a été abondamment commentée. Quelle est donc votre stratégie à cet égard et est-elle irrévocable ?

Je rappelle que je n’avais pas vocation à devenir ministre. J’étais certes proche des milieux politiques mais cela a quelque peu bouleversé mes plans. Être ministre est une fonction exaltante mais ce n’est pas le Graal absolu. J’ai la chance depuis janvier de gérer des matières qui me collent à la peau et dans lesquelles je m’investis à fond. Ce qui compte, c’est d’abord la passion ainsi que le travail qui est une valeur essentielle. En 2014, j’ai choisi de ne pas être candidat mais il y a différents moyens de pouvoir aider le parti. Le pouvoir pour le pouvoir n’a aucun sens et je n’ai pas fait le tour des USC liégeoises pour faire campagne. Le PS est un parti de masse et il est important de ne pas oublier les gens de terrain.  

Quels sont vos rapports avec les ténors du PS liégeois depuis cette réunion houleuse de mai dernier où vous aviez remis le fonctionnement de la Fédération en question ?  

Notre débat fut certes viril mais je pense qu’il est sain que nous puissions avoir des idées différentes. Je n’ai rien fait d’autre que ce qu’avait initié Guy Mathot lorsqu’il présidait la Fédération. Il est important de conserver l’unité de celle-ci en vue des élections. J’entretiens d’excellents contacts avec Jean-Claude Marcourt, Frédéric Daerden, Marc Bolland mais aussi avec des gens comme Isabelle Simonis, Alain Onkelinx ou Mauro Lenzini. Willy Demeyer dit souvent que les cartes ont été redistribuées mais il n’a peut-être pas vu celle qui est arrivée en janvier. Ce n’est pas qu’une question de place mais aussi de projet et de vision.  

Vous avez déjà évoqué Willy Demeyer et Jean-Claude Marcourt mais quel est votre regard sur les deux "golden boys" que sont Alain Mathot et Stéphane Moreau ?

Concernant Alain Mathot, dont je connais la famille, je pense qu’il doit vivre une situation pénible sur le plan humain. Je me permets de rappeler la présomption d’innocence qui prévaut et vous me permettrez de ne pas me prononcer sur la procédure judiciaire en cours. Il a un vrai projet de développement pour Seraing, une ville où il s’est engagé à faire face au déclin industriel. Quant à Stéphane Moreau, c’est un homme intelligent mais je pense qu’il faut distinguer le dossier Tecteo de ses dirigeants. Tecteo a besoin d’un véritable projet industriel et avec le rachat de L’Avenir, il faut clarifier ce dernier. Un autre élément capital est constitué par la gouvernance car il ne peut pas ne pas y avoir de contre-pouvoir, de concertation sociale et de professionnalisme dans la gestion. Le projet Tecteo est un beau projet mais il faut renforcer la gouvernance et il faut aussi réfléchir à un véhicule juridique plus adapté. Enfin, il n’était pas normal que Tecteo échappe au contrôle de la tutelle régionale.  

Le PS n’a-t-il pas fort à faire en cette période de rigueur budgétaire et comment appréhendez-vous l’émergence de mouvements situés à la gauche de la gauche ?

J’ai pour habitude de regarder dans mon assiette et pas dans celle des autres. Je pense que dans un contexte difficile, le bilan du PS au niveau fédéral est bon. Nous avons aligné le meilleur d’entre nous au poste de Premier ministre et on a redressé la barre au niveau budgétaire. La Belgique s’en est bien sortie et fait figure de bon élève européen. Il est important d’agir sur la relance et sur la compétitivité et c’est pourquoi nous avons dit non à l’austérité. Mais je n’élude pas votre question et il s’agit maintenant pour le PS de retourner vers les citoyens tout en faisant preuve de pédagogie. À cet égard, je n’ai pas peur des simplismes de l’extrême gauche et j’ai confiance en nos militants.  

Quel est votre regard sur ce qui a été fait au niveau de la Région wallonne et ne faut-il pas encore aller plus loin ? Et quid aussi du groupe W auquel vous participez ?

Il est logique qu’il y ait des réflexions sur l’avenir institutionnel de notre région car une structure publique doit pouvoir évoluer. Je pense que les mesures du Plan Marshall vont dans le bon sens en matière de recherche et d’innovation. Ce qu’il faut, c’est pouvoir accompagner les entreprises dans leur croissance. Une importance doit être accordée à l’enseignement et à la formation. La Wallonie dispose de terrains en suffisance et jouit d’une situation idéale. Il reste certes beaucoup de travail mais des efforts ont déjà été faits. La dynamique du Plan Marshall est à approfondir et on peut également compter en terres liégeoises sur la présence de l’ULg ainsi que de plusieurs entreprises fleurons.  

Quel est l’avenir de la politique des Grandes Villes, dont vous avez la charge, dans le cadre de la prochaine réforme de l’État ?  

Il s’agit d’une politique de subventions fonctionnant sur base d’une enveloppe fermée de 53 millions d’euros par an. Il est prévu que 30 % de cette enveloppe reste fédérale, les 70 % restants étant transférés aux régions. Il leur sera possible de faire figurer de nouveaux projets de soutien à des politiques de proximité. Ce sont les quartiers défavorisés qui sont essentiellement visés. Le rôle de cohésion sociale est essentiel.  

Quelle place pour la région liégeoise dans le plan d’investissement pluriannuel de la SNCB et quid aussi de l’avenir des bureaux de poste en terres liégeoises…

Concernant le PPI de la SNCB, il contient trois grands projets d’infrastructures : l’axe Bruxelles-Namur-Luxembourg, le RER et les lignes C dont la ligne reliant Liège à Luxembourg via Gouvy. À Liège comme ailleurs, l’investissement dans les gares est important. La gare de Liège-Palais et celle des Guillemins sont concernées mais c’est aussi le cas de celle de Verviers entre autres. Quant aux projets Liège Carex et REL, ils figurent parmi les priorités à l’étude au niveau wallon et ils sont soumis à l’approbation du gouvernement. Enfin, pour ce qui est de la question des bureaux de poste, le nouveau contrat de gestion de Bpost, conséquence de la décroissance et de la libéralisation, prévoit qu’il subsiste au minimum un bureau par commune.