Près de 18% des électeurs flamands ont voté pour le Vlaams Belang dimanche. Avec une stratégie basée sur les réseaux sociaux et l’infiltration dans les écoles, le parti de Tom Van Grieken s’est réinventé avec, notamment, un programme plus à gauche qu'attendu. Vraiment ? Décryptage en compagnie du politologue Dave Sinardet.

A gauche, le Belang ? En effet, le Belang a dévié vers la gauche, surtout au niveau socio-économique, en proposant le retour de l’âge de la pension à 65 ans et en l'augmentant à 1500 euros minimum. Le tout en fixant à 40 ans la carrière complète au lieu de 45 ans.

Mobilité ? Dans ce domaine, le parti flamand souhaite instaurer une vignette pour les conducteurs étrangers afin qu’ils participent financièrement à l’entretien des infrastructures routières. Le parti veut aussi supprimer les zones à faibles émissions (LEZ, comme à Bruxelles ou Anvers). Enfin, le Belang souhaite exempter les chauffeurs routiers flamands du payement de la taxe kilométrique actuellement en vigueur.

Chômage ? Le parti d’extrême droite désire limiter les allocations de chômage à maximum 2 ans sans exception. Les allocations sociales doivent aussi être relevées au niveau du seuil de pauvreté.

Sécurité sociale ? La formation veut stopper les transferts "des milliards" d'euros de la Flandre vers la Wallonie, ce qui signifie la fin de la sécurité sociale.

Migration ? La politique du Vlaams Belang concernant la migration n’a pas changé. En effet, le stop migratoire est toujours bien d’actualité. Le Belang souhaite que tous les demandeurs d’asile soient placés en centre fermé, que des règles de plus en plus strictes soient instaurées en matière de regroupement familial. Le parti est aussi en faveur du renvoi des musulmans radicaux dans leur pays d'origine. Il souhaite également que les étrangers purgent leurs peines dans leurs pays.

Climat ? Tom Van Grieken et ses collègues ne croient pas à "l’hystérie climatique actuelle". Ils ne plaident donc pas pour la fin du nucléaire. Ils revendiquent plutôt le passage de la TVA sur l’électricité de 21% à 6%.

UE ? Le parti se considère comme "pro-européen" mais pour une Europe des nations. Il propose la suppression du Parlement européen et de la Commission européenne. Il faut aussi, d'après lui, "remplacer l’euro par une unité monétaire que partagent les autres puissances économiques d’Europe". Même si le Belang semble assez flou sur le sujet, on comprend bien que l’Europe n’est pas une priorité sur le court terme. Le Belang est aussi contre l'introduction de la Turquie dans l'Union Européenne.

D'autres aspects

Le Belang prône aussi la fin de la monarchie belge et une Flandre indépendante et neutre. En cas de scission du pays, le parti estime que Bruxelles doit être une partie intégrante de la Flandre.

Bien que cela ne figure pas noir sur blanc dans son programme, disponible en intégralité sur son site web, le parti d’extrême droite s'est déjà fait l'écho d'un plaidoyer contre la durée légale permettant l'avortement. Concernant l’euthanasie, le parti est très conservateur : il estime qu'elle doit être abordée en ultime recours, "avec le plus grand soin possible".

Mais ce n'est pas tout. Le VB envisage un possible retour de la peine de mort, ainsi que de l’instauration de la castration chimique pour les criminels sexuels.

"La combinaison gagnante"

Pour Dave Sinardet, professeur de sciences politiques à la VUB et à l’Université Saint-Louis Bruxelles, contacté par nos soins, "il est clair que cette politique de gauche au niveau socio-économique n’est pas très ancrée au Vlaams Belang. Ce n’est pas la priorité du parti mais ils ont compris qu’en évoluant dans ce sens, ils allaient intéresser un grand nombre d’électeurs potentiels". Dans son programme, le parti insiste sur la migration et l’indépendance de la Flandre, mais "il n’est pas ouvertement raciste. Ce sont plutôt les déclarations limites de certains leaders du parti qui le sont peut-être", explique Dave Sinardet.

A l’image de Marine Le Pen et du Rassemblement National en France, les extrémistes flamands "sont les seuls sur le marché politique à proposer la combinaison gagnante : politique économique de gauche et politique migratoire de droite", conclut le politologue.