Paul Magnette

Le supergagnant

Wallonix", "Super Magnette". A titre personnel, le ministre-Président wallon sort grand vainqueur de la saga du Ceta. Et cela à trois niveaux. A l’international d’abord où le coup de sang wallon aura donné un coup de projecteur sans précédent sur l’institution régionale, forcément incarné par Paul Magnette.

En Belgique francophone ensuite où la posture du petit face aux puissants européens aura attiré la sympathie de la population belge.

A l’intérieur du PS enfin. A l’évidence, Paul Magnette vient de prendre une autre dimension, y compris pour les militants socialistes et ainsi consolider son costume de successeur naturel d’Elio Di Rupo à la présidence du PS.

Pour autant, le moment n’est pas encore au changement de régime. "Entre Di Rupo et Magnette, il n’y a pas une feuille de cigarette" , assure-t-on au PS alors qu’en bureau de parti, mercredi soir, certains faisaient état d’une intransigeance du côté de la présidence, face à un ministre-Président wallon plus enclin à signer un accord. "Le parti voulait simplement s’assurer que ses positions étaient respectées, il est tout à fait normal que ce genre de discussions intervienne" , tempère un proche du dossier. Quant à Paul Magnette, "il aura montré sa façon de gouverner" . La marque Magnette est donc en train d’émerger.

Mais gare cependant au retournement de situation. Ceux qui, à gauche, s’opposaient au Ceta dans son principe ont forcément été déçus par la signature de l’accord. L’idée d’un Paul Magnette se soumettant au libre-échange pourrait percoler. En attendant, le ministre-Président wallon aura gagné un capital sympathie important auprès d’une population qui, dans sa majorité, ne s’intéresse que très peu aux enjeux du Ceta. 


Elio Di Rupo

L'opportuniste

Elio Di Rupo n’en espérait sans doute pas tant. Alors que son parti peine à séduire avec son message d’opposition au gouvernement Michel. Que la méfiance et le ras-le-bol de la population envers les partis de pouvoir sont de plus en plus palpables. Que le PTB ne cesse de monter en puissance, comme pour souligner la faiblesse croissante du Parti socialiste, voici qu’un débat fortement marqué par un clivage gauche/droite offre au président montois une formidable occasion de replacer positivement le PS dans le paysage politico-médiatique. Il ne s’en est bien sûr pas privé.

Le PS, à tort ou à raison, est donc replacé à gauche. Mais il est aussi et surtout habillé d’une posture de combat. La posture d’un parti qui prend ses responsabilités et dont l’action débouche sur des résultats concrets. Le déroulement du dossier Ceta vient épouser naturellement un credo que le boulevard de l’Empereur aime tant répéter : le PS au pouvoir constitue un rempart contre les affres du capitalisme débridé. En bon tacticien, Elio Di Rupo aura su saisir cette perche tendue par la Wallonie. Quand le PS gagne, son président gagne aussi.

Mais Elio Di Rupo ne peut l’ignorer, le Ceta aura aussi imposé dans son parti une nouvelle figure de chef en la personne de Paul Magnette.


André Antoine

Le revenant

Les Starsky et Hutch de la lutte contre le Ceta. Paul Magnette et André Antoine. Le ministre-Président wallon trouvait dans le président du Parlement wallon la caution démocratique de son action. A l’inverse, Magnette était le bras armé de l’assemblée législative face aux négociateurs des autorités fédérales, européennes et canadiennes. Le duo gagnant. L’un renforçait l’autre.

Pour André Antoine, ancien vice-Président wallon, ce fut un spectaculaire come-back à l’avant-plan de la scène politico-médiatique. Cela, il le doit à son investissement personnel dans le dossier, sous sa casquette de président de la commission des Affaires européennes du Parlement wallon, celle-là même qui a épluché le Ceta sous toutes ses coutures.

Mais le Perwézien doit aussi son retour médiatique à une absence (temporaire) de taille. Celle de son collègue de parti Maxime Prévot.

Le retour tardif de Prévot

Le vice-Président wallon, initialement favorable Ceta, est arrivé très tard dans la danse - ce qui n’est pas passé inaperçu au CDH. Ce n’est que la semaine dernière qu’il s’est emparé du dossier. Jeudi soir, Paul Magnette et lui sont venus présenter les détails de l’accord intrabelge sur le Ceta devant la commission des Affaires européennes. André Antoine était là. Mais plus en retrait que les jours précédents. Cela dit, l’homme ne reste jamais éloigné longtemps de la lumière des spotlights, il aime trop ça. L’accord prévoit que le Parlement pourra examiner les conséquences du Ceta. On peut compter sur son président pour jouer son rôle à fond.


Benoît Lutgen

Le résistant

Il était le principal tenant de la ligne dure, jusqu’au-boutiste. A la pointe de la résistance.

Quand Paul Magnette pliait face aux assauts européens de l’envahisseur Ceta, il y avait toujours ce fier Bastognard, jure-t-on, pour le remettre droit sur la ligne de front - bien aidé toutefois par l’appui dirupien venu du boulevard de l’Empereur.

Le président du CDH, Benoît Lutgen, a la réputation d’être un bon négociateur, dur au mal, intransigeant sur certains points, plus souples sur d’autres. Sa veuve et son orphelin à lui dans le dossier Ceta, c’étaient les agriculteurs et les PME, deux électorats a priori de centre-droit, assez proches du MR.

La déception du monde agricole

Il faudra voir comment Benoît Lutgen parviendra à capitaliser sur l’accord de jeudi auprès de ces deux populations. Les PME semblent satisfaites des avancées wallonnes. Les agriculteurs, nettement moins. Et ça, c’est une tuile pour le CDH. Il faut dire que leur désenchantement agricole vis-à-vis de l’Europe et des décideurs politiques de tous bords est à ce point élevé (en raison des crises agricoles successives), qu’il faudra beaucoup - mais alors beaucoup, beaucoup - plus qu’une clause de sauvegarde pour leur mettre un peu de baume au cœur. Le résistant Lutgen va devoir ferrailler.


Didier Reynders

Le pragmatique

Pas de doute, les résistances wallonnes, les échos qu’elles ont provoqué au niveau international, le soutien populaire qui s’en est suivi en Belgique ne peuvent constituer une victoire pour la droite francophone. Le MR ne sera pas parvenu à retourner la situation à son avantage. Durant les premiers jours des négociations, les chefs de files libéraux se sont montrés médiatiquement très discrets. Et à la fin, pas toujours à leur avantage. Olivier Chastel par exemple ne s’est fait entendre qu’une fois l’accord belgo-belge signé avec une communication - "le gouvernement wallon a enfin compris" - qui agace jusqu’à l’interne du parti.

Dans cette affaire, le ministre des Affaires étrangère a tenté de sauver les meubles. Les siens surtout. Didier Reynders avait, il est vrai, des raisons de s’inquiéter de la tournure des événements. Son image à l’international ne manquerait pas de pâtir d’un blocage belge durable. Que dire d’un échec du Ceta qui aurait terni le bilan de sa législature aux Affaires étrangères ? D’une façon ou d’une autre, il lui fallait trouver une façon de sortir pas trop abîmé de l’aventure. Pour ce faire, le libéral bruxellois a choisi d’incarner la méthode dite de l’entonnoir consistant à rapprocher les intervenants d’un accord à chaque étape de la négociation. Cette pression ainsi mise sur les Wallons lui offrait aussi quelque chose à dire aux médias. Ainsi, Didier Reynders donnait-il le sentiment d’imprimer du rythme à la négociation. Au final, le vice-Premier MR peut se targuer d’avoir aidé au compromis. Et d’une forme de réussite auprès de ses homologues européens.


Charles Michel

Le stoïque

Charles Michel est un fin stratège. Régulièrement, lorsqu’il était président du MR, il parvenait à donner le la de l’agenda politique, à forcer ses adversaires à se positionner en fonction de ses propres prises de parole. C’est une force. Dans son costume de Premier ministre, il a pu maintenir cette logique presque tout naturellement en raison de la configuration de son gouvernement (avec le MR comme seul parti francophone). Si le fédéral - donc M. Michel et le MR - prend une décision, forcément, les autres partis francophones réagissent en fonction d’elle.

La séquence du Ceta a complètement inversé la tendance. Le tempo politique a été donné par la majorité wallonne PS-CDH, singulièrement par Paul Magnette. Le MR, peu audible dans le dossier, n’a jamais pu prendre la main. Charles Michel a en plus été contraint à un devoir de réserve vu ses fonctions de chef de l’exécutif fédéral.

Bizarre système belge

Le Wavrien a mis du temps à bien appréhender la détermination des Wallons, relayant - disons - avec parcimonie leurs difficultés au niveau du Conseil européen. Justement, lorsqu’il se présente devant le Conseil, les 20 et 21 octobre, ses 27 collègues le regardent de travers; lui demandent quel est le problème "belge". Ils font alors connaissance avec les particularités de notre système institutionnel et se rendent compte qu’un ministre-Président régional est l’égal du Premier ministre. Et cela va très loin puisque la Commission et les Canadiens vont, à certains moments, négocier directement avec Paul Magnette, sans passer par le canal fédéral.

Charles Michel et le MR tentent depuis jeudi de minimiser les avancées wallonnes. Le Premier ministre a son traité, mais c’est Paul Magnette qui tire les marons du feu.