"Débattre, partager des opinions parfois différentes, comme elles existent au sein de la société, et ensuite tracer la voie d'un projet fédérateur, c'est l'essence même d'un parti. Du nôtre", dit le président du centre démocrate Humaniste, dans un message adressé vendredi aux membres de son parti et dont voici l'intégralité:

"Georges Dallemagne n'est ni extrémiste ni islamophobe. Je ne tolère donc pas que l'on puisse le laisser penser. Son parcours humaniste parle pour lui. Il n'a pas selon moi à être sanctionné pour l'opinion exprimée. Il a mis le doigt lors de son interview sur une préoccupation réelle, celle du radicalisme salafiste. Je ne cautionne donc pas les chasses à l'homme ni les propos agressifs.

Il a tenu un propos ayant été diversement interprété et à ce titre ayant pu heurter. Je regrette et entends l'émoi que cela a pu susciter auprès de certaines personnes. Le cdH n'a jamais assimilé le simple port consenti du voile à l'islamisme radical. Je l'ai dit. Et Georges Dallemagne a lui-même pu le repréciser dans La Libre ce mardi.

La saisine du Comité de déontologie d'un parti est un droit ouvert à tout militant. Quel qu'en soit le motif. Cela ne présage de rien quant à ses conclusions, mais j'en suis sûr, la voie de l'écoute et de l'apaisement sera privilégiée, comme semblent d'ailleurs le souhaiter aussi ceux qui l'ont saisi.

Ce débat sur le voile qui traverse tous les partis et enflamme l'actualité au détour de la STIB et de la désignation d'une commissaire du gouvernement fédéral, mérite du respect et de la sérénité. Loin des tentatives d'instrumentalisation politique. La communauté musulmane en a légitimement ras-le-bol d'être trop souvent réduite à des caricatures. Beaucoup de familles se sentent blessées. Des élus et militants aussi.

Il ne s'agit pas d'être permissif à tout. Mais d'être juste et ouvert, dans le respect de la neutralité de l'Etat.

C'est pour cela que le cdH est défavorable au port du voile dans toutes les fonctions d'autorité et lors d'un service de première ligne en contact direct avec les citoyens (guichets...). Mais qu'il estime cela admissible dans le reste de la fonction publique où, plus que l'apparence de neutralité, se joue surtout la neutralité effective du service rendu.

Prenons donc collectivement de la hauteur et veillons, dans tous les parlements et au sein des partis, à en débattre avec justesse et sans naïveté ni tabou. Avec la raison plutôt que l'émotion. Pour rassembler et non cliver".

Le dossier des signes convictionnels, revenu sur le devant de la scène médiatique à la suite d'un jugement récent du tribunal du travail condamnant la STIB pour discrimination à l'embauche à l'égard d'une femme portant le voile, agite certains partis.

Selon le quotidien La Libre Belgique, il provoque ainsi des remous en interne au cdH autour de propos tenus il y a quelques jours par le député fédéral Georges Dallemagne. Six membres bruxellois du parti - trois conseillers communaux et trois militants, issus des sections locales de Schaerbeek et Molenbeek - ont saisi le comité de déontologie du CDH, mercredi, pour qu'il se penche sur "le dernier cas de violation de nos règles par M. Georges Dallemagne".

Selon les signataires cités par la Libre, "celui-ci affiche, depuis une longue période, des positions contraires à celles prises par nos instances (sur le port des signes convictionnels dans la fonction publique), et abuse de sa fonction de député fédéral pour mener, au nom d'une lutte contre le radicalisme religieux, une campagne d'amalgames, ciblant les musulmans [?]. Ses propos manquent de nuances et renforcent encore plus un climat de suspicion islamophobe".

Les six signataires de la missive disent attendre "que le comité de déontologie tire les conséquences de tels actes, conformément aux statuts et aux dispositions antérieurement prises par lui à l'encontre d'autres élus".