Le gouvernement régional discute de l'opportunité d'aller en appel d'un jugement du tribunal du travail de Bruxelles qui, le 3 mai, a condamné la STIB pour avoir refusé d'embaucher une femme portant le voile islamique, considérant qu'elle avait été victime d'une double discrimination: directe sur la base de sa religion, la STIB n'ayant pas été en mesure de prouver que le refus d'embauche n'était pas discriminatoire; et indirecte sur base du genre.

Les partenaires de coalition sont divisés sur la question. DéFI, fervent défenseur de la laïcité, estime que la STIB doit aller en appel alors qu'Ecolo juge que cette décision doit faire jurisprudence et ne soutient pas jusqu'à présent un appel de la société des transports publics bruxellois.

"Le gouvernement débat de cette question avec la STIB", a expliqué M. Clerfayt sur le plateau de LN24.

"Une décision de première instance ne permet pas de faire jurisprudence. Une règle générale mériterait d'aller en appel. Nous pensons qu'une seule décision de justice ne fait pas une règle. C'est au politique de décider", a-t-il ajouté.

Le ministre DéFI a rappelé la position de son parti. Selon lui, il doit y avoir une "modération" dans le chef des agents du service public. "C'est une question de degré: jusqu'à quel niveau vais-je exposer ma propre identité sans tenir compte de celle du public que je sers? C'est une question d'identité, cela doit se faire avec beaucoup de retenue", a-t-il fait remarquer.

Interrogée dans La Libre et sur les ondes de la Première, la co-présidente d'Ecolo, Rajae Maouane, a elle aussi répété la position des Verts, présentée comme "libérale", à savoir l'autorisation du port des signes convictionnels dans les entreprises publiques, sauf pour les fonctions d'autorité.

"La question n'est pas tant ce que l'homme ou la femme porte, mais plutôt l'avancée du combat des femmes. Or, ici, on place des bâtons dans les roues à toutes celles qui ont envie de travailler et de s'émanciper. Il y a déjà suffisamment d'obstacles qui se dressent face à une femme qui a la volonté de faire carrière, n'en rajoutons pas", a-t-elle souligné.

La dirigeante écologiste n'a toutefois pas voulu s'avancer davantage sur la décision d'aller ou non en appel du jugement du 3 mai. "Le débat se fait au sein de la STIB et je vais laisser la STIB travailler", a-t-elle dit.

Le débat ne se limite pas à la majorité régionale bruxelloise. Il a également lieu dans l'opposition. Ce week-end, le président du cdH, Maxime Prévot, a également jugé bon d'exprimer le point de vue des centristes à la suite d'une déclaration de Georges Dallemagne samedi dans l'émission "Le Grand Oral" sur La Première. Aux yeux du député fédéral, "à travers le voile, il y a aussi une revendication politique, radicale, qui ne veut pas de notre modèle de société, ne veut pas de nos valeurs, et les combat".

"Porter librement un voile n'est pas le signe d'une radicalisation", a expliqué M. Prévot. "Le port forcé d'un voile sera toujours condamné, le port librement consenti sera toujours respecté. Pour le cdH, porter le voile musulman de manière librement consentie, ce n'est pas être radicalisé, c'est vivre sa spiritualité. Ce qu'il y a dans la tête des femmes doit être davantage considéré que ce qu'il y a dessus".