Son successeur au ministère de l’Intérieur, Pieter De Crem (CD&V), avait avancé que l’actuel ministre-Président flamand avait été mis au courant de la mort du Slovaque lors de son interpellation musclée à l’aéroport de Charleroi quelques jours après les faits. Jan Jambon avait pourtant déclaré n’être au courant de rien, avant de finalement reconnaître que son cabinet devait être au courant, mais que, lui, ne se souvenait plus des événements.

Depuis lors, la pression s’est accentuée sur les épaules du ministre-Président. Jan Jambon devra venir s’expliquer le 1er septembre devant les membres de la commission Justice et Intérieur.

La fiabilité remise en question

Mais déjà, des appels à la démission se sont fait entendre du côté flamand. La flèche la plus piquante est venue de l’ancien ministre de l’intérieur socialiste Louis Tobback. "Si j’étais à la place de Jambon, je démissionnerais", a-t-il tonné. L’homme sait de quoi il parle. Il avait quitté son poste de ministre de l’Intérieur en 1998, après la mort de Semira Adamu lors de son expulsion.

La situation est évidemment un peu différente. Louis Tobback était toujours ministre de l’Intérieur lorsque sa responsabilité politique a été engagée. Ce n’est pas le cas de Jan Jambon puisque l’affaire Chovanec n’a pris une tournure publique que 2 ans après les faits et qu’entre-temps, il est devenu ministre-Président flamand. Le Parlement fédéral ne peut donc plus réclamer sa démission. Si demande de démission il y a, elle ne pourra venir que du Parlement flamand qui exerce le contrôle politique sur Jan Jambon. À moins que le ministre-Président, jugeant sa crédibilité trop endommagée, ne décide de lui-même de se retirer. C’est ce qu’avait choisi de faire, par exemple, Joëlle Milquet (CDH), alors ministre de l’Enseignement en Communauté française, après avoir été inculpée dans un dossier concernant la gestion de son cabinet alors qu’elle était… ministre de l’Intérieur.

Jusqu’à présent, ni le CD&V, ni l’Open VLD - les deux partenaires de la N-VA dans la majorité flamande - ne réclament le départ de M. Jambon. Mais ils attendent de pied ferme les explications du nationaliste flamand la semaine prochaine à la Chambre. Les éléments à charge de l’ancien ministre de l’Intérieur deviennent, il est vrai, de plus en plus accablants. Un rapport confidentiel, sur lequel la VRT a pu jeter un œil, indique que l’ambassadeur slovaque en Belgique a eu un contact avec lui en juillet 2018.

Une question de négligence

"La situation est grave dans tous les cas", avance Benoît Piedbœuf, chef de file du MR à la Chambre et ancien partenaire des nationalistes dans le gouvernement Michel. "S’il n’était pas au courant, cela montre qu’il y a vraisemblablement un problème au sein de son cabinet, voire de la négligence. S’il a menti par contre, il n’y a pas d’hésitation, il doit démissionner", tempère le libéral, qui souligne que le problème sera essentiellement flamand. La député CDH Vanessa Matz remet également en cause la fiabilité du ministre, tout en indiquant attendre ses explications pour déterminer ses responsabilités exactes. "Ce sera à lui, en son âme et conscience, de décider."