Quatre élus de la région bruxelloise sont issus de l'immigration. Côté wallon, aucun candidat issu d'origine étrangère n'a été plébiscité. Doit-on également s'attendre à une évolution dans les communes wallonnes à l'avenir? Des universitaires donnent leur avis sur la question.

"Ces résultats à Bruxelles sont la suite logique de l'évolution démographique de la région", déclare Pierre Vercauteren, politologue à l'UCL. "Cela fait maintenant des décennies qu'on annonçait qu'au passage de l'an 2000, la majorité des jeunes de moins de 21 ans à Bruxelles seraient issus de familles d'origines non-européennes et que le vote communautaire qui en découlerait pourrait impacter le résultat des élections. Sociologiquement, cela entraîne une poussée des votes en faveur de la gauche comme on a pu le constater dans un certains nombre de communes."

Selon le professeur, on pourrait assister à des évolutions en Wallonie aussi avec "un effet différé", à partir de la deuxième ou troisième génération d'expatriés. "N'oublions pas qu'Elio Di Rupo est issu d'une famille italienne! D'ici quelques mandatures, on ne devra d'ailleurs peut-être plus parler de candidats issus de minorités, mais de candidats belges de générations plus récentes tout simplement. Depuis quelque temps déjà, les partis savent que présenter des candidats issus de l'immigration sur les listes devient incontournable. Cette tendance devrait se confirmer à l'avenir."

"Avantage aux candidats du terroir en Wallonie"

Ces candidats obtiendront-ils pour autant un plébiscite similaire à celui recueilli à Bruxelles? Selon Nicolas Baygert, professeur de science-politique à l'IHECS et à l'ULB, ce n'est pas impossible. Mais à certaines conditions. "En Wallonie, il y a toujours eu un avantage pour les candidats du terroir. Ce n'est pas un hasard si, à Tournai et à Mons, Rudy Demotte et Elio Di Rupo se sont fait damer le pion par des candidats à l'envergure politique moindre. Les élus de ces communes sont beaucoup plus impliqués dans la vie quotidienne des citoyens que les deux hommes forts du PS. À l'image de la défaite d'André Antoine à Perwez, on a aussi remarqué au cours de ces élections que les citoyens de certaines communes ont démontré une réelle volonté de changer et d'offrir une chance à d'autres candidats plus jeunes ou de sensibilités politiques différentes."

Alors pourquoi pas un candidat d'origine ethnique différente? "C'est possible, à condition de se retrouver en tête de lise. Et il revient au parti de prendre cette décision, en acceptant de donner sa chance à un candidat issu de l'immigration."

"Déjà failli être le cas à Verviers"

D'après le politologue de l'ULg Geoffrey Grandjean, l'arrivée d'un bourgmestre d'origine non-européenne en Wallonie pourrait bien être facilitée par le système des voix de préférence. "Cela a déjà failli être le cas à Verviers en 2015 à la suite du renversement de la majorité PS-MR", rappelle le professeur. "Une nouvelle majorité avait dû se constituer et Hasan Aydin, l'échevin des travaux de la ville, avait obtenu plus de voix que la future bourgmestre Muriel Targnion (reconduite ce week-end à la tête de la commune, NDLR). On lui avait dit en coulisses de gentiment faire un pas de côté. Mais si on avait suivi le code de la démocratie locale à la lettre, c'est lui qui serait devenu bourgmestre. Il est possible que l'histoire se répète donc et que l'on ait un premier bourgmestre d'origine étrangère en Wallonie dans un futur proche."

Autre facteur qui pourrait faciliter une élection: les citoyens extra-européens peuvent voter aux communales s'ils le souhaitent, et donc booster un éventuel vote communautaire. "Ce vivier électoral représente un potentiel important pour des candidats en quête de voix."