"Si l'écart entre les taux de vaccination s'accentue entre la Flandre et Bruxelles, nous devrons penser à alléger les mesures en Flandre plus tôt que dans les autres régions", a déclaré le ministre-président flamand Jan Jambon sur le plateau de la VRT, ce dimanche 25 avril. Soutenu par son ministre de la Santé, le nationaliste flamand a véritablement mis le feu aux poudres. Suscitant une levée de boucliers tant des experts que des politiques, l'homme a rouvert un débat communautaire à un moment jugé inopportun par beaucoup. Mais qu'en pensent les médias du Nord et du Sud du pays ? Revue de presse.

Dans son édito, La Libre se demande s'il n'est pas "indigne de déterrer la hache de guerre communautaire, à l'heure où des millions de Belges s'impatientent de se faire vacciner contre le Covid-19". "À croire que cette crise assèche le terreau des nationalistes flamands au point de devoir l’alimenter en urgence avec des perspectives inapplicables dans un petit pays particulièrement dense et interconnecté", regrette-t-on. La Libre n'en propose pas moins d'aller au-delà de l'indignation et d'oser passer à l'autocritique. "Tous les francophones doivent comprendre que le risque d’une adhésion trop faible à la vaccination, principalement à Bruxelles, serait catastrophique pour l’immunité collective", écrit-on. "Et, par conséquent, pour un retour rapide à la vie normale. L’heure n’est donc pas à jeter de l’huile sur le feu, mais pas non plus à faire l’autruche."

"Le propos surprend à au moins deux titres", estiment nos confrères de la Dernière Heure. "Sur le fond, déjà : l’écart vaccinal est aujourd’hui, entre la Flandre et la Wallonie, infime." Le quotidien rappelle que, il y a quelques semaines, c’est la Wallonie qui se trouvait en pole. "Sur le plan de la cohérence, enfin. Qui a bloqué le plan de déconfinement de la culture lors du dernier Codeco ? Qui a repoussé l’idée de rassemblements jusqu’à 2 500 personnes cet été ? On vous le donne en mille : Jan Jambon." La DH conclut en insistant sur la nécessité de rester unis et postulant que notre petit pays n'a certainement pas besoin d'une telle attitude communautariste en ces temps troubles.

Une position qui empêche de s'attaquer aux vraies causes de la fracture vaccinale

Le Soir juge les propos de Jan Jambon "indécents". "Sur le principe tout d'abord, mais aussi parce qu’on attend que vous vous serriez les coudes. Vous êtes tous dans la même galère. Il n’y aura pas d’élèves parfaits au terme de cette crise et celui qui croit s’en tirer seul se trompe lourdement", rappelle le média. Le quotidien francophone pointe également l'irresponsabilité de la prise de position du ministre-président flamand. "Brandir le communautaire pour pointer une fracture vaccinale empêche de s’attaquer aux vraies causes que sont le manque de compétences numériques et les légitimes inquiétudes sur les effets secondaires", fustige Le Soir.

Sudpresse souligne, pour sa part, que si la sortie de Jan Jambon était "déplacée", il n'en serait pas moins "ridicule" de "monter aux barricades", "car "le nationaliste flamand met le doigt sur un point sensible, moins politique que sanitaire d’ailleurs". Le média invite surtout à se focaliser sur des pistes de solutions pour combler le fossé qui se creuse entre les taux de vaccination des régions. "La menace d’autres vagues de contaminations, alimentées par la virulence de variants, rendra encore plus nécessaires des campagnes d’info", acte Sudpresse. "Toutes initiatives indispensables si l’on veut éviter de passer, un jour, de la persuasion à l’obligation de vaccination."

Une déclaration qui n'aide pas mais qui souligne tout de même un problème "réel"

De l'autre côté de la frontière linguistique, l'on estime également que communautariser le débat n'est pas la solution, mais l'on pointe tout de même qu'il y a un véritable souci sur lequel il faut se pencher.

"Le problème contre lequel Jan Jambon met en garde est réel", clame De Morgen, soulignant que les francophones sont bel et bien à la traîne dans la vaccination. "Il y a surtout lieu de s'inquiéter à Bruxelles." Le quotidien flamand estime toutefois que l'on ne sait actuellement pas vraiment d'où vient cette si grande différence. Mais une chose est sûre: la solution proposée par Jan Jambon n'est pas "très réaliste", selon le média qui imagine mal comment l'on pourrait goupiller des assouplissements réservés aux Flamands et des mesures strictes pour les autres. "En tous les cas, ce que nous savons c'est qu'opposer les communautés les unes aux autres ne nous aidera pas. Or c'est ce que fait précisément le ministre-président flamand", vilipende le média.

Het Laatste Nieuws revient sur les réactions du côté francophone aux propos de Jambon, et plus particulièrement sur la sortie du président du MR, Georges-Louis Bouchez. Celui qui a jugé la communautarisation de la crise sanitaire "lamentable" s'y serait pourtant lui-même prêté de temps à autre, selon le média. HLN souligne ainsi la prise de position catégorique de Bouchez contre la "ligne dure" flamande de Vandenbroucke et De Croo, adoptée au sein du Comité de concertation. Plus encore, le quotidien flamand détaille certaines mesures, telles que le couvre-feu, qui diffèrent selon les régions. "Tout cela pour dire que la crise sanitaire n'a pas toujours été gérée à l'unisson", ajoute HLN, taclant au passage Rudi Vervoort, le "ministre-président le plus invisible". Le média conçoit toutefois que c'est bien contre le virus que la Belgique est en guerre? "C'est précisément pourquoi les chiffres mis en évidence par région ont leur utilité: de cette manière un obstacle dans la lutte contre le virus est exposé", postule-t-il. "(...) Les régions ne doivent pas être opposées les unes aux autres dans une crise sanitaire. Qui en profite? Mais l'attitude de Rudi Vervoort est scandaleuse et presque révélatrice: 'La vaccination n'est pas une course'. Les citoyens ne bénéficient pas de cette attitude."