Ce vendredi, la presse belge dans son ensemble, est revenue sur les négociations pour la formation d'un gouvernement fédéral et, surtout, sur la sortie commune des libéraux et des écologistes qui faisaient part de leurs préoccupations concernant la note du duo Magnette/De Wever. Dans leur viseur? Le volet institutionnel "qui conduirait à rendre les institutions plus complexes et moins lisibles", selon eux. Que pense la presse belge de tout cela? Tour d'horizon.

"Deux priorités absolues l’emportent sur toute discussion institutionnelle : la relance économique et l’autocritique sur la qualité de la direction politique et administrative de nos institutions", écrit Dorian de Meeûs dans La Libre Belgique. "Le deal N-VA/PS, qui divise notre pays en échange de mesures sociales fortes, passe totalement à côté de la vraie question, comment devenir un État fédéralisé efficace ? (...) Prenez la gestion des stocks en matériel médical, la prévention des risques sanitaires, la capacité de mobiliser tous les laboratoires et les réseaux médicaux pour faire des tests… À chaque fois, nos faiblesses sont le fruit d’une gestion médiocre, bien plus que toute question institutionnelle."

Pour l'Echo, la priorité est également la gestion de la pandémie et de ses conséquences sur les citoyens. Mais, selon le journal, "il faut parallèlement plancher sur des réformes institutionnelles. Il ne faut pas craindre une réforme de l'Etat. Elle est même nécessaire." "Pas de tabou. Posons même les questions qui fâchent: l’indépendance de la Flandre, la scission de la sécurité sociale ou de matières régaliennes comme la justice, les facilités linguistiques, la régionalisation de l’enseignement, la refédéralisation d’autres compétences et tant d’autres." A condition toutefois que ces réformes répondent à un objectif d'efficacité. "Le but doit être de stabiliser durablement la Belgique", conclut le média.

Pour le Standaard, "chaque nouvelle coalition, avec ou sans la N-VA, va redessiner l'État. Dans la balance se trouve un désir de plus d'efficacité, ou plus d'autonomie, ou une solidarité à long terme. La lutte pour le financement à long terme, en particulier de la sécurité sociale, est au cœur de ce combat." "La réforme de l'Etat ne sera toutefois pas facile à mettre en oeuvre. Le château de cartes de De Wever et Magnette repose donc sur des bases faibles", conclut le journal. 

Et le duo Magnette/De Wever?

De Tijd confirme qu'il reste beaucoup à négocier, mais "après l'échec de toutes les tentatives de formation précédentes, celle-ci, avec les deux plus grands partis, était probablement la seule option réaliste pour atterrir. Mais avant même que de véritables négociations de fond puissent avoir lieu avec les autres partis, nous avons vu que le poker politique l'emportait sur le sentiment d'urgence. Sous l'impulsion de l'imprévisible président du MR, Georges-Louis Bouchez, les libéraux se sont accrochés les uns aux autres, puis les familles libérales et vertes aussi. Cela a contrecarré la tentative de facto d'étendre la "bulle" de cinq partis autour du PS et de la N-VA à une majorité. Le journal ne voit plus que deux possibilités: soit un petit miracle se produira et l'Open VLD rejoindra la formule. Soit ce sera retour à la case départ. "Cela nous laisse avec la conclusion affligeante que les partis sont complètement perdus dans leur propre stratégie. On assiste à un poker mortel"

De Morgen se montre, lui, assez dur envers le duo PS/N-VA qu'il voit comme un "fétiche insensé". "L'impasse est totale" poursuit le journal. Les libéraux et les écologistes ne veulent pas du volet institutionnel "mais sans ce volet, il n'y a plus de trêve entre le PS et la N-VA". Les Bleus et les Verts sont "trop belges pour signer un accord qui pourrait jeter les bases d'un déshabillage de l'Etat fédéral." "L'ironie de l'histoire est que la plupart des partis ont insisté pendant des mois pour que le PS et la N-VA s'assoient autour de la table. Et maintenant qu'un axe entre les deux ennemis jurés semble avoir pour la première fois une chance de succès, ils ne trouvent pas assez de partenaires pour donner vie à leur coalition. Le PS et la N-VA sont trop éloignés. Tôt ou tard, il faudra se rendre compte que leur collaboration était un fétiche absurde depuis le début."