Les discussions portaient sur la chronologie de la pandémie et sur la réaction de la Belgique aux informations transmises par les deux organismes internationaux de santé, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Centre européen pour la prévention et le contrôle (ECDC).

La session a débuté avec un long exposé de différentes dates, annonces et mesures qui ont rythmé le développement du virus et sa propagation dans le monde, montrant ainsi la chaîne de décision qui s’est activée aux premiers jours de la crise.

L’Europe jugée trop frileuse

L’action de l’OMS a été soulignée par MM. Van Gucht et Van Laethem. "On peut bien sûr critiquer l’OMS qui, à l’époque de la grippe aviaire, annonçait une catastrophe à l’horizon qui n’est finalement pas arrivée", a reconnu le porte-parole francophone devant les membres de la commission. "Mais on ne peut pas lui reprocher d’avoir attendu quelques jours pour signaler le problème majeur", s’alignant ainsi sur la position défendue vendredi passé par la représentante du chef des relations internationales du SPF Santé publique, Lieven Van Raedt.

Invité à expliquer devant les députés la chronologie de la gestion de l’épidémie, le directeur européen de l’OMS avait pourtant fait faux bond vendredi dernier, préférant se consacrer à la rédaction d’un rapport à destination des États membres, et qui avaient suscité de vives réactions.

"Nous pouvons discuter des décisions de l’OMS, mais au moins nous avons une position concrète. Ils l’ont fait autour des tests et des avertissements pour certaines régions. Cette communication n’est pas venue de l’ECDC, et je le regrette, surtout en temps de crise", a défendu Steven Van Gucht.

Les deux porte-parole reconnaissent une certaine lenteur dans la réaction européenne. "Il aurait fallu une meilleure harmonisation des rapportages des cas et des données", a regretté le néerlandophone, tout en plaidant pour la méthode belge d’intégrer les cas de suspicion, faisant ainsi grossir le nombre de décès mais qui permet, selon lui, d’avoir une meilleure vision de la propagation de l’épidémie. "Nous avons été les bons élèves de la classe."

Une vraie cacophonie

Les deux hommes ont également pointé du doigt le manque de clarté des dispositions européennes en matière d’ouverture des frontières et de voyages.

À partir du 15 juin, l’Union européenne a décidé que les États membres pouvaient à nouveau ouvrir leurs frontières, sans directives claires et laissant à chacun la liberté de restreindre ses déplacements. "L’Europe a laissé s’échapper une opportunité importante. Ils auraient dû y penser à ce moment-là", ose Steven Van Gucht, qui a déploré le manque d’anticipation des risques. "J’ai cette sensation que l’ECDC a joué le même rôle que l’Europe, à savoir être en retard. Dans les recommandations, l’ECDC a montré trop de frilosité. Les recommandations ont toujours été entre deux chaises . L’UE n’est pas une Europe de la santé ; on peut le regretter", a tranché Yves Van Laethem.

Le Centre européen de la santé et son travail d’harmonisation conservent toute leur importance, à l’heure où plusieurs pays européens font face à une reprise de l’épidémie.

Le poids des organes de décision

Mais du côté des députés, les interrogations étaient encore nombreuses sur le rôle exact joué par l’institut de santé publique dans la gestion de la crise. Plusieurs d’entre eux ont interrogé les représentants de Sciensano sur les organes de gestion qui sont intervenus dans la gestion de la crise (GEES, RMG, etc.) et de leur coordination, sans toutefois trouver de réponse, faute de temps. La suite des auditions devrait avoir lieu vendredi.