Mardi soir, le Palais Royal a annoncé la prolongation de la mission des informateurs, Joachim Coens et Georges-Louis Bouchez. Ce matin, la presse réagit à la décision du Roi.

"Les informateurs vérifieront certains éléments et déposeront leurs conclusions finales le 4 février 2020", a annoncé hier soir le Palais dans un communiqué de presse, après avoir accueilli les informateurs durant près de quatre heures. Georges-Louis Bouchez et Joachim Coens auraient pu passer le relais à Bart De Wever (N-VA), voire à Koen Geens (CD&V). Il n'en est rien. Ils ont demandé à pouvoir poursuivre leur travail durant une semaine. Et du travail, il y en a encore pour débusquer un gouvernement. À la sortie du Palais, le nouveau président du Mouvement Réformateur assurait qu'"il y a des solutions mais il reste un grand chemin à parcourir". Comme La Libre l'expliquait hier soir, la prolongation demandée par Georges-Louis Bouchez et Joachim Coens s'explique par leur volonté de lancer, à la fin de leur mission, un processus de préformation. Avec quelles formations politiques autour de la table ? Pas de réponse claire, pour l'instant. 

L'Avenir pose la question : Georges Louis Bouchez et Joachim Coens parviendront-ils à surmonter en huit jours les difficultés qu’ils n’ont pas pu vaincre depuis le 10 décembre ? « C’est avant tout, à présent, une affaire de sentiment, d’orgueil, de vanité à prendre en compte. Désormais, en Wallonie comme en Flandre, aucun président de parti ne peut être désavoué dans ses choix mille fois répétés. Le piège de l’obstination s’est refermé sur chaque famille politique, interdisant toute concession et réduisant les marges de manœuvre à néant. Et cet obstacle-là, mental, est plus difficile à surmonter qu’une équation mathématique ». Le quotidien estime qu'en prolongeant la mission du libéral francophone et du chrétien-démocrate flamand, "le Roi est sans doute parvenu à repousser d’autant le risque d’une mission confiée à Bart De Wever".

Pour le groupe Sudpresse, une seule conclusion peut être tirée depuis le début de la mission des informateurs: "N-VA et PS ensemble dans un gouvernement fédéral, c’est rigoureusement impossible". Ces dernières semaines, les deux informateurs ont tenté en vain de rapprocher la N-VA et le PS.

En Flandre

Pour Het Nieuwsblad , il existe deux points communs entre la reconnaissance de paternité du Roi Albert et la prolongation de la mission des informateurs par le Roi Philippe : '"le désespoir et la procrastination". Le journal estime que le Roi gagne du temps et que les partis politiques refusent de prendre leurs responsabilités.Il lie à nouveau la déclaration du Roi Albert avec la formation d'un gouvernement et annonce que " le Roi Philippe devra un jour trouver le courage de faire un choix, de choisir une couleur. Plus ce moment est reporté, plus les conséquences peuvent être graves pour l’institut royal. Son père l’a prouvé."

"C’est comme ça que ça se passe avec les grandes performances, le succès leur permet d'être prolongées. Une semaine de plus et nous – les 11 millions de Belges – pourrons profiter de la farce de la formation fédérale ", écrit le quotidien Het Belang Van Limburg avec un certain cynisme. " Pour l’instant, les deux plus grands partis du pays n’ont simplement pas la volonté de trouver des solutions ", analyse le journal qui se montre dubitatif à l'idée de retourner aux urnes. " À l’horizon se profile le spectre de nouvelles élections. Seulement : qu’est-ce que cela pourrait bien résoudre? Dans un climat où la politique fait peu pour combattre l’anti-politique, les extrêmes menacent de devenir encore plus importants que le 26 mai. "

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Le quotidien Gazet Van Antwerpen pense lui aussi que " les chances de nouvelles élections sont de plus en plus réelles". "Personne n’osera prendre le risque de faire une sortie d’un millimètre de plus. Et la méfiance mutuelle est déjà assez grande. Ajoutez à cela les contradictions politiques, les ambitions personnelles et les intentions cachées et vous obtenez l’impasse parfaite", écrit le journal. "Les chances d’une coalition sans N-VA restent également microscopiques, en raison des divisions internes entre les libéraux et parce que le CD&V a du mal à changer soudainement de cap".

Toujours selon le quotidien, "la N-VA n’a jamais donné aux autres partis flamands un alibi pour continuer sans elle. Cette dextérité politique ne donne rien pour l’instant, mais pourrait à terme rapprocher un pays confédéré. Est-ce là l’intention depuis tout ce temps ? On ne peut pas reprocher à la N-VA de jouer sur deux échiquiers en même temps dans une situation où le PS est le seul incontournable."