Samedi, à l’annonce du décès de l’ancienne présidente du Sénat et bourgmestre de Huy, les hommages ont afflué de partout. Y compris de là où on les attendait le moins. "Avec Anne-Marie Lizin disparaît une des plus grandes passionnées politiques que notre pays ait connues", a déclaré la présidente du Sénat, Christine Defraigne (MR). La ministre de l’Enseignement francophone, Joëlle Milquet (CDH), a quant à elle rendu hommage à "une femme politique de caractère, chaleureuse, compétente, passionnante et passionnée".

Le bourgmestre d’Amay, Jean-Michel Javaux (Ecolo), s’était souvent opposé à Anne-Marie Lizin. "Je suis de nature à ne garder que le meilleur, a-t-il écrit sur sa page Facebook. Je me souviendrai de cet engagement permanent pour la cause féminine partout dans le monde et de cette passion inconditionnelle pour la ville de Huy…"

Côté socialiste, c’est la cheffe de groupe à la Chambre, Laurette Onkelinx, qui s’est exprimée de la façon la plus personnelle, sur Twitter : "Anne-Marie Lizin était une femme de caractère, proche des gens . Une féministe : dans les quatre coins du monde elle a inlassablement combattu contre les discriminations."





"Pas un geste pour apaiser"

Le communiqué du PS est en revanche un monument de laconisme. "Malgré des différends avec le Parti socialiste ces dernières années, Anne-Marie Lizin aura joué un rôle important dans la vie politique belge, notamment à la Présidence du Sénat. Elio Di Rupo transmet toutes ses condoléances à sa famille et à ses proches." Point final.

Difficile de ne pas établir un lien avec son exclusion du parti, en 2009. Un fait rarissime. Alors que de nombreux élus se sont heurtés, parfois violemment, à la ligne édictée par le boulevard de l’Empereur, aucune figure majeure du PS n’a été exclue depuis trente ans. Sauf Anne-Marie Lizin.

Pourquoi tant de sévérité ? "Pour moi, ça reste un mystère, confie l’ancien ministre socialiste Claude Eerdekens. Je n’ai pas d’explication. Elio Di Rupo, qu’on l’aime ou pas, est quelqu’un qui accepte la contradiction."

Tout autant que les fautes manifestes commises par Anne-Marie Lizin dans la gestion de Huy, son attitude a joué un rôle décisif dans la rupture avec la direction du PS. "On l’avait convoquée devant la commission de vigilance , affirme une source. Malade, elle avait dit ne pas pouvoir se déplacer. Et peu après, on la voyait à la télé française évoquer un sujet international. C’était se foutre de nous." Elio Di Rupo avait alors confié son exaspération à la RTBF : "Ce qui lui est reproché, c’est que depuis tant de semaines, tant de mois, voire tant d’années qu’elle fait la une de l’actualité, alors qu’elle porte réellement préjudice à l’éthique du parti et à tous les membres du parti, elle n’a pas eu un geste pour apaiser, pour expliquer…"

"Elle aurait fait preuve d’un peu plus de modestie, ça aurait été résolu , soupire l’ancien vice-Premier ministre Philippe Moureaux. Mais à ce moment de sa vie, ce n’était plus possible."