Depuis que la Région bruxelloise a lancé les deux intercommunales de distribution d’eau potable, Vivaqua et Hydrobru, dans un processus de fusion, le dossier ne cesse de se compliquer. En filigrane : la question d’une possible augmentation du prix de l’eau. Dernier épisode en date : neuf communes flamandes saisissant la justice afin de quitter Vivaqua. Cette dernière compte en effet, parmi ses membres, outre les 19 communes bruxelloises, 4 communes wallonnes (Ottignies, Braine-l’Alleud, Braine-le-Château et Waterloo) et 15 flamandes.

Schaerbeek demande la transparence

Meneur de la fronde néerlandophone, le bourgmestre N-VA de Sint-Pieters-Leeuw (Brabant flamand) ne mâche pas ses mots. "Nous ne voulons plus être placés sous le contrôle de la Région bruxelloise", disait Luc Deconinck à "Het Laatste Nieuws" vendredi. Alors qu’il s’agira d’une absorption d’Hydrobru - qui n’associe que les 19 communes bruxelloises - par Vivaqua, le bourgmestre déplore que l’opération fasse supporter à ses habitants la dette d’Hydrobru, qu’il chiffre à 600 millions d’euros. Une dette pour laquelle "les communes flamandes ne sont pas responsables, lance Luc Deconinck. Cette fusion pourrait mettre en péril la situation financière de Vivaqua alors qu’il s’agit d’une décision purement politique de la Région bruxelloise".

Yvan Mayeur, bourgmestre PS de la Ville de Bruxelles et président de Vivaqua, ne cache pas que cette action devant le tribunal de commerce pourrait retarder une fusion qu’il veut voir aboutir d’ici la fin de l’année. "Tout va dépendre de ce que la justice décidera, indique-t-il. Leur problème, c’est que la réforme de l’Etat a transféré la tutelle sur le secteur à la Région". Pour lui, il s’agit surtout d’une démarche politique de communes "emmenées par la N-VA". "L’argument de la dette de 600 millions est faux, dit encore Yvan Mayeur. Il s’agit d’un crédit accordé par la Banque européenne d’investissement pour rénover les 500 km d’égouts de Bruxelles. Il ne sera assumé que par les 19 communes… Je leur ai déjà expliqué. Cela fait un an que ces communes essayent de sortir mais elles refusent de le faire dans le respect des statuts de Vivaqua". Le socialiste évoque 80 personnes travaillant chez Vivaqua pour le compte de la Flandre et que les frondeuses "ne veulent pas reprendre". "Même en dehors de Vivaqua, nombre de ces communes devraient s’adresser à nous pour se fournir en eau", ajoute-t-il. "M. Mayeur ne donne aucune garantie juridique sur la dette", réplique Luc Deconinck pour "La Libre".

Pour le président Mayeur, un échec de la fusion avant la fin 2016 serait "dramatique". "J’ai réussi à dégager un boni de 10 millions à Vivaqua qui doit pouvoir financer les investissements dont nous avons besoin, explique-t-il. Mais je ne peux pas rembourser un prêt contracté par une autre entité". En tout état de cause "le prix de l’eau n’augmentera pas" , assure-t-il aussi.

Mais les communes flamandes ne sont pas les seules à se poser des questions. Ainsi, Schaerbeek conditionne son soutien à la fusion à "une comptabilité analytique suffisamment claire et transparente permettant le respect des prescrits régionaux (établissement du coût-vérité de l’eau)…", a écrit la commune de Bernard Clerfayt (Défi) au président du CA d’Hydrobru. Schaerbeek réclame un comité d’audit permanent ainsi que la présentation d’une charte de bonne gouvernance. "J’ai vu Bernard Clerfayt et je lui ai indiqué qu’un comité d’audit interne était mis sur pied", rassure Yvan Mayeur.

Laurence Bovy directrice ?

Mi-septembre, la ministre bruxelloise de tutelle, la CDH Céline Fremault, réclamait toutefois un audit "sur les entités appelées à fusionner". Yvan Mayeur assure à "La Libre" n’avoir reçu aucune demande officielle en ce sens. Le cabinet Fremault annonce aujourd’hui que le gouvernement bruxellois décidera "incessamment" d’étendre les compétences du régulateur de l’énergie Brugel au domaine de l’eau. En cas de demande d’augmentation du prix de l’eau, Brugel pourra à l’avenir obliger une intercommunale à commander un audit externe afin de vérifier que cette demande soit justifiée par de réelles augmentations des coûts . "Mais aucune augmentation du prix de l’eau n’est possible sous cette législature", précise-t-on chez Céline Fremault.

Dernier point : à ceux qui voient déjà en Laurence Bovy - l’ex-chef de cabinet de Laurette Onkelinx - la future directrice de Vivaqua, Yvan Mayeur oppose une procédure d’assessment indépendante et apolitique.