Politique belge

On a lu le livre de Theo Francken, où il détaille sa vision sur le dossier migratoire. Les meilleures feuilles.

Il y a deux Theo Francken. Le politicien qui aime déclencher des polémiques sur les réseaux sociaux en y diffusant des formules excessives et le secrétaire d’Etat N-VA en charge de l’Asile et de la Migration qui connaît ses dossiers sur le bout des doigts. Que l’on aime ou pas le turbulent nationaliste flamand, il faut lui reconnaître cette capacité à développer une vision cohérente dans ses compétences ministérielles.

Cette vision, il l’a traduite dans un livre qui vient de paraître en français (éditions Jourdan) et en néerlandais : "Continent sans frontières". Il y décode de manière clinique la faillite du système européen face à la pression migratoire. Il accuse la gauche de ne fonctionner que par des dogmes généreux sur la migration au lieu de faire face à la réalité. Pour lui, par exemple, il est illusoire de croire que l’Europe pourra se préserver à l’avenir d’une immigration économique de masse par le développement des pays d’origine des migrants. Bien au contraire : "Bon nombre d’économistes ont relevé que les chiffres de l’émigration augmentent de concert avec le développement économique d’une région, étant donné que, disposant de plus de moyens, davantage de personnes sont susceptibles de concrétiser leurs désirs de migration." La "solution" se trouve dès lors ailleurs.

Une immigration choisie

Theo Francken l’a déjà expliqué : il est favorable au modèle australien et il consacre une bonne partie de son ouvrage à détailler ce système de "tolérance zéro" à l’égard de l’immigration clandestine. Au début des années 2000, le gouvernement australien a mis en place l’opération "Relex" par laquelle l’armée avait pour mission d’intercepter tous les navires chargés de migrants avant leur arrivée dans les eaux territoriales et de les remettre aux garde-côtes indonésiens. "En 2001, 5.516 personnes avaient atteint illégalement l’Australie par voie maritime. L’année suivante (après la mise en place de l’opération Relex, NdlR), un seul et unique migrant réussit la traversée. En quelques semaines, l’Australie était parvenue à démanteler le modèle commercial des passeurs."

Dans son livre, Theo Francken en profite pour envoyer quelques missiles à destination d’une certaine gauche qu’il juge naïve : "L’Australie est le diable incarné aux yeux du secteurs des ONG, Amnesty International en tête. Pourquoi ? Parce que l’Australie a rejeté le dogme de gauche relatif à l’ouverture des frontières à chaque demande d’asile." Theo Francken rappelle par ailleurs que si l’Australie a découragé les migrants de tenter la traversée pour arriver illégalement sur son sol, ce pays n’a pas arrêté pour autant d’accorder des visas humanitaires.

Une "realpolitik" européenne

L’Europe semble encore loin de pouvoir implémenter ce système car elle n’en pas la capacité politique ni la volonté. Theo Francken, qui tient la "realpolitik" de la Russie comme un modèle dont nous pourrions nous inspirer, propose à l’Union de dresser "un mur sécuritaire triple" afin qu’elle puisse rester un modèle de stabilité et de prospérité. La première muraille symbolique serait constituée par des forces armées européennes qui rendraient notre continent indépendant du soutien des puissances étrangères.

Deuxième muraille : "les garde-côtes et les marines européennes nationales, sur la base d’accords migratoires s’inspirant du modèle australien, adresseront un message clair à quiconque tentera de se rendre illégalement sur le sol européen."

La dernière barrière, mais aussi la plus importante de toutes, "sera érigée par une diplomatie audacieuse de manière à créer une périphérie d’Etats voisins qui, respectant et craignant à la fois la puissance économique européenne, choisiront de coopérer intensivement avec l’Union sur le plan politique, économique et migratoire."