Politique belge Le président du groupe MR au Parlement wallon et vice-président du Mouvement Réformateur flingue les écolos et réagit sèchement au discours de Rudy Demotte aux Fêtes de Wallonie. Il évoque également le style de l’opposition, la politique énergétique, les défis régionaux et ses ambitions personnelles.


Willy Borsus est l’Invité du samedi.


Récemment, vous vous êtes présenté comme candidat potentiel pour la ministre-présidence wallonne ou pour la présidence du MR. N’est-ce pas mettre la charrue avant les bœufs ?

Vous me permettez de corrigez l’écho qui a été fait de ma déclaration. Au journaliste qui me demandait si j’étais disponible pour ces postes, j’ai seulement répondu que je serais honoré et disponible de prendre en charge de telles responsabilités. Mais, la priorité est avant tout de permettre le changement et les réformes que Charles Michel et moi-même avons diffusés la semaine dernière dans l’ouvrage ‘Il est moins une !’. La balle est dans le camp des citoyens électeurs. C’est là toute la nuance de mon message… En toute franchise, quand on est engagé, ce n’est pas pour fuir les responsabilités que les électeurs vous confient.

La présidence du MR, vous y pensez ?

C’est vraiment de la politique fiction. Toutes ces hypothèses viendront le moment venu, après le choix des électeurs…

Didier Reynders évoquait Charles Michel à l’Elysette. Vous appuyez ?

C’est une hypothèse parmi d’autres. Mais je partage l’idée de Didier que ce serait effectivement une excellente hypothèse. Je rappelle que Charles Michel dispose d’une expérience ministérielle tant régionale que fédérale. Mais je répète : la priorité, c’est le changement et les réformes.

Le temps des bilans est arrivé. Commençons par le bilan de votre opposition.

On a énormément travaillé sur 2 fronts. Le travail parlementaire - propositions de textes et de résolutions – était très important. On s’est mouillé, on a osé. Dans le même temps, on s’est exprimé par rapport aux choix de l’olivier, qui sont très loin des aspirations du MR.

L’écolo Georges Gilkinet parle d’une opposition peu constructive et même dangereuse.

L’ordre de marche des mandataires Ecolo depuis quelques semaines est clair : attaquer le MR ! C’est en tout cas une tentative vaine et très politicienne… Comme dans un jeu de bas étage, lors de chaque interview, ils préparent un qualificatif à l’attention de leurs collègues réformateurs. Bref, on serait donc tout sauf responsable. C’est la stratégie d’Ecolo, pas notre bilan.

Ces derniers mois, on vous sent cependant moins virulent. Cela consolide un peu l’idée que le MR se prépare à entrer dans une coalition avec le PS, non ?

La tonalité de nos interventions n’a pas changé. Regardez plutôt l’ambiance détestable au sein de l’olivier. Quand la grande partie de l’énergie d’une équipe est consacrée à faire du croc-en-jambe à ses partenaires, on sait difficilement produire un résultat final positif.

Vous pensez que ce très mauvais climat ne permet plus à ces partis de travailler ensemble… et que vous avez dès lors un rôle à jouer ?

Voyons les résultats ! Prenons les indicateurs économiques de la Wallonie : en ce moment, il y a 268.800 demandeurs d’emplois inscrits en Wallonie.

Vous croyez au plein emploi en 2025, comme annoncé par Rudy Demotte aux Fêtes de Wallonie ?

Attendez, plus de 17.2% de la population active sont des demandeurs d’emploi ! Est-ce que cette situation autorise un ministre-président à fanfaronner sans la moindre humilité aux Fêtes de Wallonie sur le plein emploi ? Est-ce qu’on peut ainsi estimer avoir redressé la Wallonie ? Le taux de pauvreté autorise-t-il cette espèce d’euphorie décalée qui s’est emparée du gouvernement ? Cela a un côté choquant ! L’emploi est une priorité à ne pas galvauder.

A vous entendre, ce n’est pas un discours réaliste…

C’est un discours électoraliste ! Lorsqu’il l'a prononcé dans le magnifique Théâtre royal de Namur, il fallait voir les réactions... Dans la salle, tout le monde a vu qu’il y avait là comme un exercice de dernier discours de législature. Subitement, il sort de son chapeau le plein emploi en 2025. Tout le monde a souri, majorité comme opposition. Quand on gère la Région au quotidien, sans parvenir à inverser la tendance du chômage et avec les résultats observés, est-on crédible lorsqu’on vient prédire ce qui va se passer 12 ans plus tard ? Et quand on a eu tant de mal a définir la ligne du gouvernement, est-on crédible pour faire une telle annonce ?

Vous reconnaissez toutefois des mérites au gouvernement wallon ?

Oui, les pôles d’excellence, c’était une bonne décision. Mais les priorités budgétaires, la réforme des structures qui coûtent cher, tout cet argent qu’on a claqué dans la communication, dépensé dans un logo,… D’ailleurs, qu’est-il devenu ce logo avec ces 5 boules noires ? Les 675.000 euros que le ministre Henry a consacrés à la promotion de la ‘Semaine de la mobilité’. C’est ça les vrais choix politiques à faire quand la situation est difficile et l’argent rare ? Le bilan de ce gouvernement est dans les chiffres : la situation en Wallonie reste très difficile.

Dans le dossier du photovoltaïque, quel est votre avis sur le système Qualiwatt ?

J’ai connu peu de situations où un gouvernement avait généré un tel fiasco dans une politique énergétique : un dérapage de 2.7 milliards d’euros à charge de la collectivité parce qu’il n’a pas été géré par le tandem Nollet-Antoine. Le problème de Qualiwatt, c’est que la confiance des citoyens a été détruite ! Ils ne croient plus aux promesses de soutien du gouvernement. D’autre part, le secteur attend le nouveau dispositif depuis des mois. Mais l’incertitude et la renonciation à la parole donnée a fait perdre plus de 1.400 emplois à ce secteur. La conséquence de cette politique, c’est que le prix de l’énergie est plus important en Wallonie que chez nos voisins. C’est un handicap pour notre économie et pour le pouvoir d’achat des gens.

L’Union wallonne des entreprises affirme justement que la compétitivité de la Région wallonne est handicapée par les coûts salariaux et énergétiques. L’ensemble de la classe politique refuserait même de reconnaître l’évidence de ce handicap. C’est votre cas ?

Non, l’UWE a tout à fait raison ! A côté des charges salariales, en Wallonie, on s’est même tiré une balle dans le pied en créant un handicap supplémentaire avec l’énergie. L’argent qui est investi dans la facture d’électricité, n’est pas investi dans la consommation habituelle. Les écolos sont de grands doctrinaires, mais de bien piètres gestionnaires. Cela dit, nous sommes évidement favorables aux énergies renouvelables.

La Wallonie est-elle prête à accueillir de nouvelles compétences ?

A ce stade, non ! On ne sait pas comment la région va organiser les nouvelles compétences déjà déterminées en lien avec celles qu’on connaissait déjà. Exemple, va-t-on réinventer la politique d’aide à l’emploi avec les nouvelles compétences ? Ce débat n’a pas été mené. Il y a extrême urgence, car ce transfert de compétences est une opportunité pour la Wallonie. On n’a pas le droit de manquer ce rendez-vous extraordinaire que nous avons avec nous-mêmes. C’est donc un appel que je lance ici au ministre-président, car le fait régionaliste s’est imposé.

Vous êtes vice-président du MR. Vous vous êtes opposé à ce qu’un non-Belge hors Union européenne puisse exercer la fonction d’enseignant.

Contrairement aux autres familles politiques, nous sommes pour un équilibre entre droits et devoirs. Lorsqu’il n’y a pas de pénurie de candidats, comment voulez-vous qu’une personne hors Union puisse enseigner ou occuper un poste de la fonction publique si elle a refusé de suivre le parcours d’intégration ? Ce n’est pas un discours d’exclusion, mais équilibré.

Sur l’intégration, certaines voix au MR se font davantage entendre que d’autres. C’est le cas de Jacqueline Galant et d’Alain Destexhe. Vous partagez leurs positions ou vous prenez quelques distances ?

Il y a parfois des tonalités différentes dans l’expression. Quant à la ligne, elle est claire et identique: si on s’installe chez nous, venant de l’étranger, cela implique des démarches et des efforts à faire pour jouer un rôle dans la société. Cela implique un parcours d’intégration obligatoire !

 

Entretien : Dorian de Meeûs