Politique belge

Avec "un pincement au cœur car l’agriculture, c’est mes racines, un monde que j’affectionne vraiment, avec lequel j’ai un lien personnel et de mobilisation très fort - j’ai de la terre accrochée à mes chaussures -", Willy Borsus quitte son poste de ministre fédéral de l’Agriculture. Il fera une brève apparition ce vendredi matin à la Foire de Libramont puis il cédera la place à Denis Ducarme, en qui il a "toute confiance dans sa capacité de mobilisation".

Il le fait déjà savoir : il ne lâchera pas tout à fait la politique agricole. "Je rejoins (en tant que ministre-Président, NdlR) le gouvernement wallon qui a beaucoup de compétences en matière d’agriculture. De concert et en parfaite intelligence avec René Collin (ministre wallon de l’Agriculture, NdlR), je veillerai à soutenir le monde agricole. La Déclaration de politique régionale reprend des éléments importants comme la place du producteur, veiller au paiement régulier des aides, la simplification administrative, le soutien à la diversification. Je vais donc retrouver d’autres volets de la matière ‘Agriculture’ et cela me réjouit."

Des crises et encore des crises qu’il faut tenter de résoudre

Quand on lui demande quel bilan il fait de ses presque trois ans de mandat, Willy Borsus évoque d’emblée les nombreuses crises qui ont rudement frappé le monde agricole pendant cette période : les prix dramatiquement bas du lait et de la viande de porc, l’embargo russe qui touche des produits comme les pommes et les poires belges, le marasme actuel du marché de la viande bovine, le gel d’avril qui a détruit une bonne partie de la future récolte de cerises, pommes et poires. "C’était un contexte compliqué mais on a beaucoup travaillé pour tenter de remédier aux conséquences pour les producteurs", dit-il.

Si le ministre n’a pas pu faire de miracles dans certains de ces dossiers, d’autres, comme les crises laitières et porcines, ont évolué positivement. Grâce à des concertations sectorielles belges ou, à l’échelle européenne, une position ferme de soutien à des mécanismes, certes temporaires, de régulation pour soutenir les prix et de filets de sécurité. "La Belgique, avec d’autres Etats, a été à l’offensive et ce travail de contacts inlassable a permis de faire partiellement bouger les lignes", souligne-t-il. Et le libéral de rappeler que "croire que le marché va tout régler est une erreur fondamentale".

Une priorité : l’exportation

Son grand cheval de bataille a été le soutien à l’exportation. "Nous avons accompli un travail titanesque. Depuis 2006, il y a 50 accords bilatéraux qui ont été conclus et 166 dossiers d’ouverture de marchés sont en cours de négociation à l’Afsca", rappelle-t-il. Les plus gros marchés visés et obtenus se situent en Asie, avec la Chine (+26 % d’exportations entre 2015 et 2016) en point de mire. Willy Borsus en profite pour faire sa dernière annonce en tant que ministre de l’Agriculture : la création de postes permanents d’attachés sanitaires à l’étranger, et d’abord en Chine, "pour être les interlocuteurs des autorités, traiter les conventions, répondre aux demandes de nos partenaires commerciaux".

La grande exportation, avec les importantes émissions de gaz à effet de serre qu’elle génère, est-ce vraiment une bonne idée au vu des dérèglements climatiques qui touchent aussi les agriculteurs ? "Si nous n’exportons pas plus vers des pays qui sont demandeurs, d’autres prendront rapidement notre place et cela n’aura strictement rien changé en termes d’impact climatique", affirme Willy Borsus.